mercredi 27 septembre 2017

Pourquoi apprendre le persan ?

Intéressons-nous au moins un instant à une langue un peu plus exotique et obscure que celles que j'ai l'habitude de traiter. Le persan.

Le persan est la langue de la Perse, aujourd'hui connue sous le nom d'Iran, un pays qui effraie bon nombre d'Occidentaux mais qui - au même titre que ses pays voisins - me fascine depuis quelques années. Pourtant, pendant longtemps, l'Iran a été un territoire totalement inconnu pour moi, qui ne m'évoquait pas grand chose à part les guerres et l'islamisme. Je l'associais, sans trop savoir pourquoi, à un pays dangereux à éviter à tout prix si je voulais rester en vie alors qu'aujourd'hui, mieux informé sur cette région du monde, j'ai décidé de le faire figurer en première position sur ma liste de voyages à venir.
  
Comment donc en suis-je arrivé là et qu'en est-il de la langue de ce pays ?

Quand le shah n'est pas là, les Iraniens dansent-ils ?

Il y a dix ans, j'ai vu le film français Persepolis. Cela a été ma première confrontation à l'Histoire de ce pays et sa magnifique culture et alors que je prenais personnellement les sages conseils que Marjane recevait de sa grand-mère ("Dans la vie, tu rencontreras beaucoup de cons. S'ils te blessent, dis-toi que c'est la bêtise qui les pousse à te faire du mal, ça t'évitera de répondre à leur méchanceté. Car il n'y a rien de pire au monde que l'amertume et la vengeance... Reste toujours digne et intègre à toi-même."), je me promettais déjà de me rendre un jour dans ce pays. Si vous n'avez pas vu ce dessin animé, je vous le recommande vivement et vous trouverez la bande-annonce ci-dessous :


Après ça, il y a eu d'autres films, en particulier deux qui sont Argo de Ben Affleck et Nous trois ou rien de Kheiron. C'est surtout ce dernier film qui a tout accéléré. Sorti il y a un peu moins de deux ans, il raconte l'histoire vraie (celle du réalisateur, trentenaire devenu humoriste en France) d'une famille qui quitte l'Iran suite à la révolution de 1979. Ce film m'a réellement touché et depuis, l'idée de partir à la découverte de ce pays et ses habitants ne m'a pas quitté une seule journée. Le film n'a pas connu de succès fulgurant en France (environ 200.000 entrées) et je regrette d'ailleurs qu'il n'ait pas été vu par plus de spectateurs, mais il occupe quand même la 6ème place du classement Allociné des meilleurs films français de tous les temps selon les spectateurs.

La bande-son soignée de Nous trois ou rien marque une bonne transition avec le deuxième art qui a fait naître ma curiosité pour l'Iran avec le cinéma : la musique. Il y a quelques années, j'ai découvert une chanson complétement par hasard. Dès la première écoute, j'ai été complétement envoûté mais incapable d'identifier la langue que j'entendais... du persan ! Jusqu'alors, j'avais toujours cru que le persan était une langue proche de l'arabe. Après plusieurs centaines d'heures d'écoute de ce morceau et une méconnaissance toujours totale de la langue (alors que mon voyage en Iran se rapproche de jour en jour), je me suis dit qu'une sensibilisation générale au persan à travers cet article et personnelle à travers un léger apprentissage (l'alphabet et quelques notions feront l'affaire dans un premier temps) s'imposaient. Mais avant toute chose, voici la chanson dont je parle :


En réalité, à part l'alphabet, le persan ne partage pas grand chose avec l'arabe, la langue de bon nombre de ses voisins. La première chose que je dois dire c'est qu'il est plus complexe à retenir que l'alphabet cyrillique ou le très simple alphabet coréen. Les sonorités proprement dites du persan sont, elles, plus "douces" que l'arabe, la langue est plus vocalique, moins gutturale. Le persan (ou farsi) est une langue indo-européenne, autrement dit elle appartient à la même famille que le français (ce qui n'est pas le cas de l'arabe) ! Ce qui en fait aussi pour nous une langue plus accessible. L'anglais, l'italien, l'espagnol, tout cela, c'est bien beau, très beau même, mais n'est-ce pas peut-être trop attendu, trop entendu, peu étendu comme visée ?

Je pense qu'il est grand temps de commencer à voir un peu plus loin et d'en finir avec les menaces qu'on a tendance à associer en bloc et de manière injuste au Moyen-Orient, une région qui a tellement à offrir à ceux qui souhaitent la comprendre. Mais le persan, ce n'est ni l'anglais, ni l'italien, ni l'espagnol. Les occasions de pratiquer sont moins nombreuses (on parle persan essentiellement en Iran, en Afghanistan et au Tadjikistan, des pays qui peinent encore à bénéficier d'une bonne réputation) tout comme les ressources pour l'apprendre.

Comment apprendre le persan ?

C'est tout à fait possible avec Assimil, si vous le souhaitez.


C'est une méthode qui a fait ses preuves avec moi pour d'autres langues et que j'affectionne particulièrement, mais j'essaie de m'en détacher pour tester d'autres supports. Voici donc celui que j'ai retenu : Easy Persian, un site internet qui me semble très bien fait (je n'ai abordé que quelques leçons pour l'instant) et qui permet d'apprendre le persan gratuitement à partir de l'anglais.



dimanche 17 septembre 2017

Transe Sibérienne

Langues, musique, voyage
Langues... musique... voyage... 
Langues. 
Musique. 
Voyage.

Imaginez. Imaginez un territoire gigantesque. Si étendu qu'il frappe aux portes de l'Europe du Nord (Norvège, Finlande, Estonie), de l'Europe de l'Est (Lettonie, Lituanie, Biélorussie, Pologne, Ukraine), du Caucase (Géorgie, Azerbaïdjan), de l'Asie (Kazakhstan, Chine, Mongolie, Corée du Nord), de l'Amérique du Nord (Alaska) et de l'Arctique. D'un bout à l'autre du pays, 10.000 km : à l'Ouest, Moscou ; à l'Est, Vladivostok - deux villes reliées depuis plus d’un siècle par la voie ferrée la plus mythique du monde : le Transsibérien. Une nation unie par une langue commune et fragmentée par des différences linguistiques régionales (tatar, bouriate, tchétchène...). 

La Russie ?
Les Russies

Et du Transsibérien naquit une transe sibérienne...
Ces Russies, un jeune Français - comme tant d'autres voyageurs avant lui et tant d’autres après lui - les a parcourues. En empruntant le Transsibérien justement. Connu sous le nom de Thylacine, ce prodige de la musique électronique en quête d’inspiration artistique s’est lancé dans un périple quasi-irréel et de cette aventure est né son album logiquement intitulé Transsiberian. En condensant les spécificités et disparités culturelles du pays, il rend avant tout un merveilleux hommage à la Russie et la dote d’une bande-son envoûtante qui invite au voyage tous ceux qui prennent le temps de s’y plonger. Car le résultat est tout simplement hors du commun : un projet remarquable pleinement réussi. Une production orgasmique qui transpose la réalité en apparence froide et métallique du train russe en expérience sensorielle unique : votre peau se substitue à la route et sur ces rails improvisés, la locomotive laisse derrière elle une multitude d'émotions en guise de passagers, qui se meuvent instantanément en frissons irréfrénables. En nous livrant des pistes d'une puissance et une beauté incroyables, l'artiste finit immanquablement par nous faire profondément douter de la véracité de sa destination : s'est-il sincèrement rendu en Russie ? Ou revient-il d'une autre planète ? Je n'avais pas acheté d'album depuis des années mais là l'affront au musicien n'était pas permis. Inspiré, Thylacine inspire à son tour. « Inspiration », ce n’est pourtant pas le mot qui me vient immédiatement à l’esprit quand je me laisse transporter par Transsiberian :


Suivre en vidéos le processus de création de l'album Transsiberian


 Le documentaire comporte 10 épisodes. Le premier est ici.



dimanche 10 septembre 2017

J'apprends l'arabe

« Apprendre l’arabe, tu ne pourras jamais le rayer de ta liste, en te disant ça c’est fait »


"J'apprends l'arabe". Enfin, non. Pas moi. Je n'apprends pas l'arabe et je n'ai même jamais été dans un pays arabe. Ce n'est pas l'envie qui me manque, plutôt le temps. Et pourtant, quelle joie cela doit être de parler la langue du Coran dans les rues du Caire, au Wadi Rum, dans la ville médiévale de Byblos, le souk de Muttrah ou encore l'ancienne ville de Damas que j'espère voir un jour. L'arabe est une langue qui connaît une diglossie importante. Cela signifie qu'il existe d'un côté un arabe classique, l'arabe littéral, celui que l'on apprend généralement et qui sert de langue véhiculaire entre les différents pays l'ayant pour langue officielle, et de l'autre, l'arabe dialectal, celui qui dans les faits est parlé par la population d'un pays arabe en particulier : on parle de langue vernaculaire. Il y a donc quasiment autant de formes différentes de la langue arabe que de pays arabophones - et je ne parle pas ici de différences linguistiques mineures qui peuvent exister entre la France et le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis ou l'Allemagne et l'Autriche. Une bonne nouvelle pour les défenseurs de la diversité linguistique ; une mauvaise nouvelle peut-être pour ceux qui apprennent l'arabe (littéral) qui leur sera d'une utilité pratique limitée.

"J'apprends l'arabe", donc, dit Leïla. Imaginez : vous vivez en France, vous parlez un français parfait, évidemment c'est votre langue maternelle, mais votre langue paternelle, elle, vous ne la connaissez pas du tout. La langue de votre père, c'est l'arabe, l'arabe égyptien précisément, mais votre père par souci d'intégration en France a toujours refusé de vous parler arabe. Vous vous appelez Leïla, venez d’Égypte, êtes Française et vivez en France mais ne parlez pas arabe. Donc maintenant adulte, vous allez le faire : vous allez apprendre l'arabe. C'est l'histoire de la fiction "J'apprends l'arabe" de France Culture en 5 podcasts de 7 minutes.

Cette série fait surgir des thématiques sociales sensibles et terriblement d'actualité : l'intégration, la peur de l'islam et du monde arabe, le racisme mais aussi être mère de famille et femme active - et en plus, apprendre une langue étrangère ! Comment faire pour gérer tout ça ? Une merveilleuse série très émouvante que je recommande pleinement. Un voyage socio-linguistique "à écouter au casque c'est mieux !", nous conseille France Culture.

>>> J'apprends l'arabe : lien vers les podcasts <<<


samedi 9 septembre 2017

Un monde sans Roumanie

En pleins préparatifs de mon prochain voyage, j'aimerais revenir sur une langue que je n'ai pas abordée depuis longtemps : le roumain. J'ai en effet prévu un court séjour dans le pays de Dracula, curieux de découvrir ce lointain îlot latin en terres slaves, en particulier la capitale Bucarest et l'immanquable Transylvanie.

Brașov, ville de Transylvanie

On peut qualifier le roumain de langue rare, dans le sens où elle n'est parlée que dans une zone géographique restreinte (Roumanie et Moldavie) et comprend essentiellement des locuteurs natifs. Un faible pourcentage de la communauté roumanophone est composée d'étrangers, et quand ces derniers apprennent le roumain, c'est généralement pour des motifs personnels (raisons professionnelles ou familiales). Car la Roumanie souffre encore d'une mauvaise image à l'étranger, celle d'un pays pauvre et arriéré qui a certes rejoint l'Union européenne il y a 10 ans mais qui serait plus un fardeau qu'autre chose pour cette dernière. Comme toujours avec les préjugés, la question que je me pose, c'est : qu'en est-il de la réalité ? La Roumanie n'a-t-elle vraiment rien à offrir ?

Si. La Roumanie a beaucoup à offrir et a d'ailleurs déjà tellement offert que sans le rayonnement de ce pays, le monde serait bien différent :

- Henri Coandă invente au début du XXième siècle le premier avion à réaction. Il a alors une vingtaine d'années.

- Nicolae Paulescu a découvert l'insuline. Il a dédié sa vie à la recherche médicale sur le diabète et a été le premier à contribuer à son traitement.

- Petrache Poenaru est une figure illustre de l'enseignement roumain. Il a breveté le stylo-plume.

- Gheorghe Zamfir est un joueur renommé de naï, flûte de pan roumaine. C'est lui qui a composé la bande-son envoûtante de Kill Bill de Quentin Tarantino, ainsi que celle de nombreux autres films.

- Ana Aslan a développé le Gerovital, un traitement anti-âge devenu célèbre dans les années 1950.

Il ne s'agit évidemment que de quelques exemples, on pourrait en citer de nombreux autres. Une chose est sûre : quand on commence à s'intéresser à la Roumanie, sa culture, son peuple et sa langue, on tombe immédiatement sous le charme. Pour un francophone, il est d'ailleurs relativement facile d'apprendre le roumain. Inversement, la Roumanie reste largement francophile. Les deux pays ont toujours noué des relations très étroites : la plupart des Roumains sont particulièrement sensibles à la culture française et d'après les dernières statistiques qui datent de 2010, 1 Roumain sur 4 parlerait français ! Si je me rends en Roumanie pour découvrir le pays et pratiquer la langue (voici comment je compte m'y prendre), j'ai aussi hâte de vérifier sur place l'état actuel de la francophonie.

Une partie des faits exposés dans cet article sont issus de la vidéo suivante, que je vous recommande. Elle est en roumain, sous-titrée en français :


Et si vous souhaitez apprendre une jolie langue sans investir trop de temps, essayez le roumain ! Cela réjouira les Roumains autant que cela surprendra le reste du monde que vous ayez opté pour cette langue atypique. Voici l'article que j'ai consacré à ce sujet :


vendredi 8 septembre 2017

Doit-on corriger les erreurs de langue des autres et se faire corriger ?

On connaît tous une personne qui ne peut pas s'empêcher de corriger votre moindre erreur de langue : "l'anniversaire DE mon frère, pas l'anniversaire A mon frère !", "ma mère ET MOI, pas moi ET MA MÈRE !", "Je vais CHEZ le coiffeur, pas je vais AU coiffeur !"... C'est ce sujet que je souhaite aborder aujourd'hui dans le cadre spécifique de la pratique d'une langue étrangère : doit-on déclarer la guerre aux grammar nazis ou se laisser conquérir par leur armée ? Autrement dit, doit-on corriger les erreurs de langue des autres et se faire corriger ?

Please, don't let me make the same mistake again...

Pour faire simple, il y aurait deux écoles. D'un côté, ceux qui pensent que oui, il ne faut laisser passer aucune faute ; de l'autre, ceux qui sont plutôt contre la correction excessive. C'est ce rang que j'ai tendance à rejoindre. J'ai toujours vu la rectification linguistique d'autrui comme une forme de pédanterie. Je fais référence aux exemples que j'ai cités en début d'article, quand un "à" est pris pour un "de", un "au" pour un "chez" ou que l'ordre des mots employés témoigne d'un égoïsme que seul celui du correcteur surpasse. Je dis "j'ai tendance" car certaines corrections sont parfois justifiées et même souhaitables. Ainsi, si vous voulez exprimer votre gêne à un Espagnol en disant "estoy embarazada", j'espère que celui-ci vous dira qu'être embarrassée et être enceinte, ce n'est (généralement) pas exactement la même chose. Ou encore, il serait bon qu'un Russe prenne le temps de vous dire que vous ne devez pas prononcer дорого ("cher") comme дорога ("route), même si la nuance est difficile à percevoir. Il s'agit alors simplement d'éviter des contresens et non pas de s'abandonner à un complexe de supériorité linguistique.

Voici, en 5 raisons, pourquoi je pense que dans la majorité des cas, on NE DOIT PAS corriger les erreurs de langue des autres :

1. C'est à la fois arrogant, humiliant et quelque peu sadique. Or, si j'ai retenu quelque chose de Christian Grey, c'est que le sado-masochisme requiert un consentement préalable.

Prière de ne pas fouetter sans autorisation

2. Cela recentre l’intention ailleurs en faisant primer la forme sur le fond. Or, dans le fond, c'est bien lui qui compte, le fond.

3. Cela coupe la fluidité du discours, ce qui peut-être démotivant pour la personne qui s'exprime, d'autant plus si ce n'est pas dans sa langue maternelle.

4. Les correcteurs intempestifs justifient parfois leurs actes en disant "mais si je ne te corrige pas, tu n’apprendras jamais et tu feras toujours les mêmes erreurs", ce qui, en plus d'être faux, est infantilisant. Je fais généralement confiance aux gens pour tirer les leçons de leurs propres expériences et mettre à profit leur sens de l'observation. Avec la pratique et l'écoute, on finit par se rendre compte de ses erreurs et pouvoir se corriger. Soi-même.

5. Enfin, corriger une erreur de quelqu'un d'autre a quelque chose de ridiculement conservateur. Car les langues, celles qui ont encore la chance d'être vivantes en tout cas, ne sont jamais figées. Elles évoluent dans l'espace (on peut vous corriger une faute de français en France qui n'en est pas une au Québec, ou une faute d'espagnol en Espagne qui n'en est pas une en Amérique du Sud, par exemple) et dans le temps - il était répandu de dire distinctement "je ne sais pas" avant que "je sais pas" se popularise et dans un futur pas si lointain, le "chépa" pourrait devenir la nouvelle règle. Quand la majorité des Français s'obstinent à dire "après qu'il soit parti" au lieu de "après qu'il est parti" (qui "devrait être" la version correcte), il faut se rendre à l'évidence : "après que + subjonctif" risque de l'emporter, c'est comme ça. Ironie du sort, peut-être à cause de grammar nazis illégitimes, pris à leur propre piège : "après qu'il SOIT parti, pas après qu'il EST parti"...

mercredi 6 septembre 2017

Couchsurfing et langues

Une des clés pour maîtriser une langue, c'est de la parler et si possible avec des locuteurs natifs. Il existe plusieurs façons de le faire et l'une d'entre elles, c'est Couchsurfing. C'est de l'intégration de ce site dans ma pratique des langues que je vais parler aujourd'hui.


Bon, d'abord : Couchsurfing, c'est quoi ? C'est un site qui permet aux voyageurs de trouver un hôte local pour un hébergement, boire un verre ou tout simplement rencontrer des gens. Je l'ai utilisé à plusieurs reprises et n'ai que des avis positifs à donner à ce sujet. Je l'ai d'abord utilisé en Turquie, où j'ai été hébergé pendant 3 jours chez des Turcs puis au Kazakhstan - également pour 3 jours à Almaty.

Mais c'est particulièrement de ma dernière expérience que je voudrais parler. J'ai un historique relativement long avec la langue russe. C'est une langue qui m'a toujours attiré : j'ai pris mes premiers cours pendant mes études en 2011-2012, puis quasiment plus touché à la langue pendant 4 ans, je m'y suis remis quelques semaines en 2016, puis plus ou moins régulièrement et intensément depuis mars 2017. Je l'ai pratiquée à deux reprises (avec plus ou moins de succès) lors d'un voyage à Kiev en mai 2016 et mon voyage au Kazakhstan en juin cette année. Mais mes capacités de compréhension et d'expression étaient très limitées : le sens de beaucoup de phrases m'échappaient et je n'arrivais pas à aligner plus de 3 mots en général, malgré une bonne connaissance théorique de la langue. Tout simplement parce que la pratique m'a toujours fait défaut. Depuis mon retour du Kazakhstan il y a deux mois, j'ai privilégié l'exposition à la langue plutôt que l'apprentissage à proprement parler, essentiellement grâce à la musique et aux séries. Cela m'a permis d'affiner ma compréhension. Il s'agit maintenant de passer à la pratique.

Le chanteur Макс Барских

Justement, j'ai récemment pu passer cette étape grâce à Couchsurfing. J'ai rencontré à deux reprises un jeune Moscovite de passage à Francfort avec la ferme intention de me cantonner à la langue de Pouchkine malgré la possibilité de se réfugier dans l'anglais. Après plusieurs heures à discuter de sujets aussi variés que la vie à Moscou et en Russie de manière plus générale, les voyages, la politique, l'art, l'histoire, les langues... Je me suis senti à la fois heureux d'avoir fait la connaissance de mon premier Russe ! (je n'avais jusque là parlé qu'avec des Ukrainiens et des Kazakhs), mais aussi rassuré d'enfin voir les résultats de mon investissement dans cette langue.

A ce stade, je me dois de faire un point. Quand on apprend une langue et qu'on échoue à la parler, on se sent souvent nul. C'est tout à fait normal. J'ai connu cette situation de nombreuses fois en allemand, en italien, en russe... L'essentiel, c'est de ne pas se laisser abattre par cette expérience négative, qui au final ne l'est pas tant que ça : elle donne l'occasion de rebondir pour vraiment atteindre notre objectif. Mon arrivée à Vienne il y a 4 ans (seul, pour un stage de 6 mois, les problèmes ont commencé lorsqu'il a fallu chercher un appartement en allemand...) ou encore mon voyage à Florence l'année dernière, où je parvenais à peine à comprendre les Italiens et à communiquer avec eux, m'ont largement servi pour me perfectionner respectivement en allemand et en italien. Avec le russe, il s'est passé exactement la même chose. Alors, quand vient le jour où on comprend la majorité de ce que dit notre interlocuteur et qu'on arrive soi-même à s'exprimer, il peut se passer deux choses :

1. On est trop modeste.
- "Ouais mais lui il parlait bien, il articulait bien" parce qu'il est Romain et s'exprime dans un italien coupé de toute influence dialectale, parce qu'il est Moscovite et qu'il parle un "russe standard", celui de la capitale. Certes, l'histoire d'accent ou de dialectes peut en effet jouer un rôle pour des langues comme l'italien, l'anglais, l'espagnol, l'allemand (et même le français !), mais beaucoup moins pour des langues unifiées qui varient peu selon les régions (typiquement, le russe ou le roumain). Après les échecs, il est normal d'essayer de relativiser cette réussite particulière mais ces justifications sont à mon sens inutiles.
- "Oui, mais il sait que je ne parle pas encore très bien, donc il parle lentement ou choisit minutieusement ses mots pour que je comprenne". En revanche, cet argument n'est pas soutenable et pour deux raisons. Premièrement, ce n'est généralement pas vrai que l'interlocuteur va faire l'effort d'articuler avec exagération ou de parler lentement. Peut-être pendant quelques minutes si vous le demandez mais "chassez le naturel, il revient au galop", comme on dit. Deuxièmement, si votre interlocuteur ne parle pas français, il lui est impossible de savoir quels mots vous pouvez mieux comprendre que d'autres. Par exemple, il a essayé d'expliquer les mots "majorité" et "élections" en russe qu'il venait d'employer, parce qu'ils lui paraissaient compliqués alors que je les avais compris et que plus tard, il a dû me trouver un synonyme du mot familier qu'il a utilisé pour exprimer "super, génial" quand je lui ai dit que je n'avais pas compris.

2. On est trop confiant.
L'autre extrême n'est évidemment pas bon non plus. Trop bien, on comprend, on arrive à dire ce qu'on veut, le message passe, la personne acquiesce en signe de confirmation, c'est génial ! L'interlocuteur se prête au jeu et ne vous parle qu'en russe. Immanquablement, une phrase va faire irruption "tu parles très bien russe" et bam, on frôle l'excès de confiance. Il ne faut pas y succomber pour autant : certes, on a déverrouillé un nouveau stade dans notre maîtrise de la langue, c'est un bon début mais le chemin n'est pas encore fini.


Évidemment, si vous apprenez une langue, j'imagine aussi que la culture du pays concerné vous intéresse un minimum voire vous fascine complètement. La culture russe, l'Histoire du pays (de la Russie Impériale et ses tsars au siècle soviétique et la Guerre Froide), l'immensité du territoire, la beauté de ses villes et de sa nature sont loin de me rendre indifférent. Je rêve aussi de me rendre à Saint-Pétersbourg et d'emprunter le Transsibérien sur les 9.000 km de voies ferrées qui séparent Moscou de Vladivostok - sujets que je n'ai donc pas pu m'empêcher d'évoquer. Ce type d'expérience est toujours très enrichissant culturellement et humainement : "Saint-Pétersbourg a l'air d'être une ville magnifique... - Ah, j'y suis jamais allé, l'Europe m'attire plus que mon propre pays. J'adore Paris - J'aime pas vraiment Paris - QUOI ?? T'es bizarre..." / ou encore "le russe est la plus belle langue du monde pour moi..." "-moi j'aime beaucoup le français" et l'occasion de réviser ses clichés : les Russes sont tous des brutes froides, taciturnes, incapables de sourire, n'est-ce pas ?  Et pourtant, en face de vous, un Russe vous sourit alors qu'il vous raconte avec passion ses voyages en Europe sans oublier le moindre détail / Moscou est une des villes les plus chères du monde, non ? Et pourtant, on vous explique comment y vivre avec 400€ par mois / La Russie : un pays dangereux ? Peut-être bien que non...

Mettre KO le OK

Ce genre de situation permet également de mettre KO le OK. Là, encore, il s'agit d'un point crucial. Imaginez-vous parler français à un étranger. Vous lui proposez une heure et un lieu de rendez-vous : premier cas, celui-ci vous répond "ok" ; deuxième cas, il vous répond "ça marche, on peut faire ça", ou "parfait, ça me dit bien, à tout à l'heure". Dans lequel des deux cas, auriez-vous l'impression, même inconsciemment, que votre interlocuteur maîtrise mieux le français ? Oui, le deuxième cas, cela semble évident et c'est en parlant avec des locuteurs natifs qu'on arrive justement à mobiliser spontanément ce genre de phrases. OK est devenu une sorte de mot passe-partout, insipide et universellement admis et plus vous l'évitez, plus vous apparaissez crédible.

Couchsurfing est donc un bon entremetteur linguistique. En tant que Français, il est possible de l'utiliser pour :
1. Pratiquer la langue maternelle de votre interlocuteur (le cas que j'ai exposé).
2. Pratiquer l'anglais avec une personne dont ce n'est pas la langue maternelle (seule situation qui profite aux deux personnes).
3. Faire pratiquer le français à votre interlocuteur étranger.
J'ai testé les trois expériences et je vois même une quatrième possibilité, beaucoup moins plausible et à laquelle je n'ai encore jamais été confronté et qui serait "pratiquer une langue étrangère autre que l'anglais qui n'est la langue maternelle d'aucune des deux personnes" (par exemple : un Français et un Russe parlent italien ensemble). Quoi qu'il en soit, il est toujours mieux de pratiquer une langue avec un locuteur natif de cette langue, qui la parle donc spontanément et librement, exception faite de l'anglais car cette langue est sans surprise aujourd'hui celle de la communication internationale par excellence et on est quoi qu'il en soit souvent amené par confort ou par défaut à la pratiquer avec des personnes de nationalités diverses.

samedi 2 septembre 2017

Combien de temps pour apprendre une langue ?

Dans un monde où la productivité est vénérée et la gestion du temps se doit d'être efficace, une question surgit fréquemment : en combien de temps peut-on apprendre une langue ? C'est une question intéressante, qui mérite que l'on s'y attarde un peu. Alors, bien sûr, il n'y a pas de réponse unique. Je ne vais pas vous répondre : 3 mois, 6 mois, 1 an ou 3 ans. Car cela dépend d'au moins 3 facteurs selon moi.


1. La langue. Un Français ne peut généralement pas apprendre le japonais aussi vite que l'espagnol. La réponse dépend donc à ce stade de deux choses : la langue cible (celle que vous apprenez) et la langue source (votre langue maternelle, voire les autres langues étrangères que vous maîtrisez déjà).

2. Le temps. Il y a une promesse que l'on retrouve souvent : "vous pouvez apprendre une langue en 3 mois". C'est celle de Babbel ou encore d'Assimil et ses livres de 100 leçons (= 100 jours). Est-ce vrai ? Pas vraiment. Si pour vous, il est inimaginable de passer plus de 3 mois pour apprendre une langue, alors vaut mieux ne pas commencer du tout. Cela évitera les déceptions et cela vous libérera ce temps pour faire autre chose. En plus de cela, cela veut dire quoi "apprendre une langue en 3 mois" ? La parler couramment ou passer une commande dans un restaurant ? Ce n'est pas du tout la même chose. Et puis, ça fait un peu Inception, mais il s'agit aussi du temps investi dans ce laps de temps de 3 mois : 30 minutes tous les 2 voire 3 jours ne donnent bien sûr pas les mêmes résultats que 1 ou 2 heures tous les jours.


3. Vous. Au final, c'est peut-être le facteur le plus important. Je veux parler de votre motivation à atteindre votre objectif ("la première semaine, ça m'intéresse puis ça me saoule, j'arrête"), votre capacité de concentration et d'apprentissage mais aussi vos convictions et votre comportement. La peur est déterminante. Je rencontre souvent une attitude qui consiste à "j'apprends d'abord la langue puis après je la parlerai". Autrement dit, je fais des leçons, j'apprends la grammaire, le vocabulaire et la conjugaison, je m'entoure théoriquement de la langue, puis "quand je sais tout", je parle la langue. Désolez, mais c'est complétement idiot. Une langue se parle dès le premier jour de l'apprentissage, même si vous ne connaissez que deux mots, peu importe. Il faut arrêter de se noyer sous les contenus soporifiques et inintéressants (leçons de grammaire, règles de déclinaisons, tableaux de verbes irréguliers...) et privilégier le plus possible la pratique. Lire, parler, écouter, écrire la langue et faire des erreurs : c'est comme ça qu'on apprend le mieux.

Malgré ces indicateurs et parce que je sais que vous êtes déçu ("Du coup 3 mois ou 3 ans ? Je veux savoir !!!"), je vais vous donner une estimation de temps quand même... mais qui est à prendre avec des pincettes. Il s'agit d'un classement de langues établi par le Foreign Service Institute pour les anglophones natifs mais qui reste en grande partie vrai pour les francophones.

Voici comment il faut comprendre ces informations : "Si tous les jours, je consacre au minimum 30 minutes à l'apprentissage de la langue et que je la pratique en plus, alors il est possible d'atteindre une compétence professionnelle générale* dans cette langue".

Catégorie 1 = 6 mois
On trouve deux familles de langues : les langues germaniques hors allemand et islandais (anglais, afrikaans, danois, néerlandais, norvégien, suédois) et les langues romanes (italien, portugais, roumain, espagnol). C'est, je pense, une estimation large, cela peut-être plus rapide si vous êtes très motivé (il m'a fallu environ 3 mois pour l'italien) ou si vous connaissez déjà d'autres langues étrangères de la liste (une fois l'italien acquis, en à peu près 1 mois, j'ai appris le roumain).

Catégorie 2 = 8 mois
Bien qu'il s'agisse d'une langue germanique comme l'anglais ou le suédois par exemple, l'allemand est globalement un peu plus complexe et il faudrait donc y consacrer 2 mois supplémentaires.

Catégorie 3 = 9 mois
Ou le temps d'une grossesse. Cela tombe bien car à moins d'être pris d'envies bizarres ou de devoir vous expatrier dans les pays concernés (voir avec votre médecin pour l'avion et la grossesse), vous ne risquez pas de vous intéresser spontanément pour les langues austronésiennes (malaisien, indonésien, malgache...) ou le swahili.

Catégorie 4 = environ 1 an
Là on évoque des langues plus complexes dans leur construction et surtout plus éloignées du français. 1 an, c'est bien comme période, c'est l'occasion d'un beau projet à considérer pour les nouvelles résolutions, non ? Moi, je pense que oui. On trouve donc les langues slaves (bosnien, bulgare, croate, tchèque, macédonien, polonais, russe, serbe, slovaque, slovène, ukrainien...), certaines langues altaïques (azéri, mongol, ouzbek, turc...), les langues fenniques (finnois et estonien), les langues indo-iraniennes (bengali, cingalais, hindi, népalais, ourdou, pashto, persan...), certaines langues sémitiques (amharique et hébreu) et d'autres langues (albanais, arménien, birman, géorgien, grec, hongrois, islandais, khmer, lao, letton, lituanien, tagalog, thai, vietnamien, xhosa, zoulou).

Catégorie 5 = environ 2 ans
Pour finir, les langues les plus effrayantes : arabe, cantonais, coréen, japonais et mandarin.

* Stade 3/5 sur l'echelle "Interagency Language Roundtable" (on peut donc encore faire mieux !):
- Est en mesure de parler la langue avec une précision suffisante sur le plan de la structure et du vocabulaire pour prendre part efficacement à la plupart des conversations sur des sujets pratiques, sociaux et professionnels;
- Peut discuter d'intérêts particuliers et de sujets spécialisés avec une aisance raisonnable;
- Comprend presque entièrement une conversation menée à un débit normal;
- Possède un vocabulaire général suffisamment étendu, au point où la personne a rarement à tâtonner pour trouver un mot;
- A un accent qui est clairement étranger; maîtrise bien la grammaire; les erreurs commises n'interfèrent presque jamais avec la compréhension et désorientent rarement un locuteur de langue maternelle.