jeudi 30 novembre 2017

Sous le palais, la langue

Vienne, la capitale autrichienne, est sans aucun doute une ville-musée. Au-delà de ses avenues magnifiques, ses ruelles pleines de charme ou encore ses places grandioses, pour entrer dans l'intimité de son patrimoine, il ne faut pas hésiter à pousser les portes de ses palais dont les collections bien fournies des nombreux musées qu'ils abritent en sont de fidèles témoins. 

Les Appartements de "Sissi" à Vienne

Après avoir vécu 7 mois dans celle qu'on surnomme "la capitale de la musique", je pensais avoir épuisé son offre culturelle : les appartements impériaux (Hofburg), l'Albertina, le Belvedere... des anciens palais réhabilités en musées comme tant d'autres ailleurs, notamment le Louvre à Paris et l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, qui comptent parmi les plus riches du monde. Pourtant, il y en a un qui m'avait échappé et quand on aime les langues comme moi, cette étourderie est impardonnable. Je suis retourné à Vienne ce week-end et ai profité de l'occasion pour me rattraper. 

Un musée original

Idéalement situé dans le cœur historique de la cité impériale, ce délice viennois auquel je n'avais pas encore goûté loge également dans un impressionnant palais : le palais Mollard-Clary. Sous le palais, la langue et pas n'importe laquelle : l’espéranto. Ce palais baroque accueille en effet le musée de l’espéranto et la collection des langues construites qui, avec ses pièces qui se comptent par milliers, est l'une des plus grandes du monde. Alors, il est vrai, j'avais déjà avoué mon manque d'intérêt pour l'espéranto, justement justifié par l'amour si grand que je porte aux langues en tant que vecteurs de culture et non de créations artificielles. Curieux malgré tout, je souhaitais voir cet endroit atypique et si vous vous rendez en Autriche, il peut s'agir, entre autres choses, d'un lieu d'intérêt tout à fait recommandable.

Le visiteur découvre des affiches du XXème siècle faisant la promotion pour ne pas dire la propagande de l'espéranto, mais aussi des ressources digitales pour se familiariser de manière interactive et ludique avec d'autres langues construites moins connues (le volapük ou l'interlingua) et même une langue fictive qui n'est plus à présenter : le klingon (et le haut valyrien pourrait d'ailleurs aussi trouver sa place dans cet univers singulier). Les objets exposés comptent également des textes manuscrits originaux d’espérantistes, dont un rédigé par Tolstoï, l'auteur de Guerre et Paix qui, paraît-il, aurait appris cette langue qui se veut la plus simple du monde en... deux heures ! Il y avait sûrement du génie chez ce célèbre romancier russe mais l'exercice n'en reste pas moins admirable. 

Esperantomuseum

La visite, qui s'étend sur deux modestes pièces du palais, se fait assez rapidement mais les "espérantophiles" peuvent prolonger le plaisir en parcourant les ouvrages de la bibliothèque des langues construites. Quoi qu'il en soit, l'expérience aussi courte soit-elle reste intéressante, surtout pour le prix d'entrée plutôt dérisoire (4 €) comparé au ticket moyen à Vienne ou dans d'autres capitales majeures. En plus, ce ticket donne accès à une autre collection au sein du même palais : et si comme moi, vous pensez que langues et voyages sont indissociables et tout aussi enrichissants, vous aurez tôt fait d'être convaincus d'y faire un tour !

Ungloblich!

Plus de 200 globes terrestres et célestes réunis dans 4 salles : la plus grande collection du monde dans ce domaine ! C'est également dans ces salles que vous pourrez profiter au mieux de la beauté de la partie accessible du palais grâce à ses murs et plafonds richement décorés. 

Une collection impressionnante ...

... dans des salles tout aussi impressionnantes !

jeudi 23 novembre 2017

Grâce aux langues

Cet article a été réalisé dans le cadre de l’événement « Des blogs et des Langues », sur le thème “Ce que l'apprentissage des langues m'a apporté.” Retrouvez tous les autres blogueurs ayant partagé leur point de vue sur le blog Le Monde des Langues en cliquant ici.

10 choses que j'ai apprises grâce aux langues

Apprendre une langue, ce n'est pas juste apprendre à nommer les choses avec d'autres mots. En devant parfois prononcer des sons bizarres ou écrire des lettres barbares. En réalité, je dirais même que, pour moi, ce n'est jamais ça. Apprendre une langue, c'est apprendre autre chose et voici 10 choses que j'ai apprises grâce aux langues - celles que je savais parler, celle que je sais parler, celles que je saurai parler mais aussi celles que je ne parlerai jamais.

1 - Le ridicule ne tue pas


Avoir peur du ridicule, c'est naturel. Et c'est aussi le premier obstacle à la pratique des langues donc j'ai dû rapidement assimiler que le ridicule ne tue pas. On n'est pas ridicule parce qu'on se trompe de mot, qu'on en prononce mal un autre ou que nos phrases sont déstructurées. Enfin, si, on peut l'être mais cela ne dure pas longtemps et cela ne tue pas. Toute moquerie est d'ailleurs superflue. Je n'oublierai jamais la citation qu'un de mes professeurs anglais m'avait enseignée : "Never make fun of someone who speaks broken English. It means they know another language."

2 - Aller voir ailleurs


Connaître ses déclinaisons par cœur en allemand, c'est bien. Mais si on ne les utilise pas, cela ne sert pas à grand chose. L'allemand, justement, c'est la langue qui m'a appris à aller voir ailleurs... et surtout à aimer ça ! A 21 ans, je suis parti 6 mois à Vienne, en Autriche, pour y faire un stage. Avec pour bagage à main ma seule expérience scolaire de germaniste, je me suis demandé si ce que je faisais était bien raisonnable. Trop tard, l'avion avait déjà quitté la piste de décollage. Et c'est alors que je suis devenu gravement accro à la vie ailleurs : au cours des quatre années qui suivirent, je me suis installé dans 2 autres pays (le Canada et l'Allemagne) et en ai visité 25 autres (des États-Unis au Vietnam, en passant par la Turquie, la Suède et le Kazakhstan). Une chose est sûre : cette envie de voir ailleurs, je ne l'aurais jamais eue sans l'étude préalable des langues étrangères. Et c'est d'ailleurs pour cette raison, que je continue à en apprendre d'autres.

3 - Me débrouiller seul


L'allemand et mon expatriation à Vienne m'ont aussi appris à me débrouiller seul. Pour la première fois, j'ai dû apprendre à vivre réellement seul. Le premier défi a été de trouver un appartement sur place. De manière générale, parce que je les ai souvent apprises par moi-même, les langues m'ont permis de gagner en autonomie, notamment pour trouver les ressources pour apprendre seul et réussir à s'auto-motiver.

4 - Faire des choix


Héritier d'une culture monolingue que je me refusais à honorer, j'ai tôt fait de développer une affinité pour les langues. Les langues m'ayant accompagné pendant la majeure partie de ma vie, elles m'ont transmis une chose importante : savoir dresser les priorités et faire des choix. Le premier choix est classique et on l'a presque tous connu "allemand ou espagnol ?" (pour moi, ce fut l'allemand). Avec le lycée - et après une brève initiation au latin et au grec ancien - est venu le moment de faire un choix un peu plus délicat : "perfectionner mon anglais en section internationale ou apprendre une troisième langue". J'ai choisi la première option et quelques années plus tard, encore une fois, il a fallu résoudre une autre énigme : le temps était venu d'apprendre une troisième langue vivante, mais laquelle ? Dans mon école, j'avais un choix très large : espagnol, italien, portugais, russe, arabe, chinois et japonais. Choisir, encore choisir, toujours choisir. J'ai immédiatement éliminé l'espagnol et l'italien car je savais que je pourrais apprendre ces langues seul plus tard- et c'est d'ailleurs ce que j'ai fait. Le portugais m'intriguait mais j'y ai renoncé pour la même raison. Le chinois (mandarin) pouvait être "un choix intelligent". Tout le monde parle de cette langue comme celle du futur. Mais il s'agissait de faire mon propre choix et non d'appliquer celui des autres. Et le mandarin m'intéressait moins que les langues restantes : japonais, arabe et russe. Choisir a été très difficile mais j'ai fini par élire le russe.

5 - Être curieux


Les langues m'ont rendu curieux. Sur une quantité de choses : ça fait quoi d'être l'étranger de quelqu'un ? Comment s'exprime cet autre peuple ? Comment vit-on dans ce pays ? Quelle vision du monde ont ses habitants ? Apprendre plusieurs langues m'a permis de lever le voile sur beaucoup de ces questions. Et en même temps, plus j'apprends, et plus je suis curieux.

6 - Avoir confiance en moi



J'ai toujours été introverti. L'arrivée de l'italien dans ma vie a changé la donne. Comment parler italien sans fougue et sans les mains ? Impossible. Il est certain que l'italien m'a donné confiance en moi. La timidité en italien disparait subitement. Grâce à cette langue romantique, j'ai appris à devenir schizophrénie et c'est toujours avec un très grand plaisir que je m'exclame avec théâtralité dans la langue super-latine des superlatifs.

7 - Revoir mon sens de l'humour


L'anglais m'a initié à l'humour britannique. Je me suis alors rendu compte que si les Français aimaient être sarcastiques, bruyants voire blessants dans leur humour, les Britanniques - qui ne font rien comme nous - étaient plus friands de l'absurde, de l'humour noir et pince-sans-rire. Le personnage le plus emblématique est bien sûr Mr. Bean. Mais la connaissance de la langue peu pendue du personnage campé par Rowan Atkinson m'a surtout fait découvrir les Monty Python, Little Britain ou encore Black Books.

8 - Apprécier la différence


J'ai appris à apprécier la différence. Tout d'abord, la différence linguistique qui consiste à dire "telle langue est différente" plutôt que "telle langue est facile" (espagnol), "telle langue est belle" (italien), "telle langue est moche" (allemand), "telle langue est pauvre" (anglais) ou encore "de toute façon, telle langue est impossible à apprendre" (russe). Mais aussi la différence culturelle. Grâce aux langues, j'ai pu abordé les cultures étrangères de la plus belle façon qu'il soit. Et à cet égard, les plus beaux souvenirs que je garde sont sûrement associés à la Turquie.

9 - Ne jamais abandonner  



Le turc, c'est une langue que j'ai voulu apprendre par simple curiosité avant un voyage à Istanbul. Mais j'ai vite laissé tomber... Pourtant, Istanbul m'a tellement plu et touché que je me suis tout de suite promis que j'allais me remettre au turc. Et c'est ce que j'ai fait. Puis, je suis retourné en Turquie, toujours frustré par mon niveau. L'hospitalité des Turcs me manque tellement qu'il faudra que je remette les pieds en Turquie et que j'améliore mon turc. Grâce au turc mais aussi au russe, j'ai appris à ne jamais abandonner. Le russe est effectivement un autre bon exemple. J'ai appris le russe dans l'espoir de pouvoir étudier à Saint-Pétersbourg. Cela n'a malheureusement pas pu se faire. Ai-je abandonné pour autant ? Non. J'ai continué à apprendre en pensant pouvoir trouver un travail en Russie. J'ai décroché un entretien pour un poste à Moscou. Que j'ai eu. Avant que le poste ne soit fermé pour raisons budgétaires. Mais par amour de la langue russe, j'ai redoublé d'efforts. Aujourd'hui, je m'apprête à partir à Saint-Pétersbourg dans le cadre d'un Permis Vacances Travail. Si tout se passe bien. Rien n'est gagné. Mais peu importe. Les langues me l'ont appris : surtout, ne jamais abandonner.

10 - La PASSION



Si je ne devais retenir qu'une chose de ces nombreuses heures passées en compagnie de l'anglais, l'allemand, l'italien, le roumain, le russe, l'espagnol, le portugais, le turc, etc, ce serait LA PASSION. L'année dernière, alors que je commençais innocemment l'apprentissage de l'italien, j'ai accidentellement découvert que je ne pourrais pas vivre sans les langues étrangères. C'est à cet instant précis que je me suis rendu compte que j'étais passionné par la diversité linguistique de notre monde et que je voulais l'apprivoiser le plus possible. Cette passion qui rythme mon quotidien, je lui dois beaucoup de choses négatives également comme la frustration (de ne pas pouvoir apprendre plus encore plus vite, d'oublier des mots parfois, de ne pouvoir être dans certains pays pour les pratiquer...) et la colère (principalement causée par l'omniprésence de l'anglais et les préjugés à l'encontre d'autres langues). Pourtant, j'y ai tellement pris goût et elle m'apporte en retour tellement de choses positives que pour rien au monde, je voudrais qu'elle disparaisse. Me réveiller un jour en réalisant que les langues étrangères ont perdu tout leur attrait et leur magnétisme, que je ne veux plus les apprendre, plus les parler, plus les écouter, plus les lire, plus les écrire... que le français, après tout, me suffit largement et que ce qu'il se passe en-dehors des frontières de mon pays est sans importance. Voilà, je pense, ma plus grande peur.


mardi 7 novembre 2017

Russophobes de tous les pays, désunissez-vous !

Et si ce qui pouvait vous faire aimer le russe, c'était... une série américaine ? Les Américains. The Americans. The Americans est une excellente série américaine sur deux agents secrets russes à Washington dans les années 1980. En pleine Guerre froide, le couple mène en apparence une vie américaine normale (deux enfants, maison en banlieue, "travail" dans une agence de voyage...) et pourtant ils espionnent, torturent, tuent pour l'URSS sous les yeux de leur voisin, agent du FBI.


Comment The Americans peut-il vous faire aimer le russe ?

On regarde le générique et on a envie d'apprendre l'alphabet cyrillique.
On regarde un épisode et on a envie de parler russe.
On regarde une saison et les symptômes peuvent devenir beaucoup plus graves : on a envie d'ériger des statues à la gloire de Lénine et d'éventrer le moindre capitaliste à la faucille et au marteau.

L'alphabet russe n'aura bientôt plus de secrets pour vous !

Le générique en lui-même est une merveille, où les références culturelles abondent. L'écran est scindé en deux : à gauche (forcément, rien n'est laissé au hasard !), les symboles soviétiques et à droite, leur pendant américain. Sous une musique aux sonorités russes qui arrive à être à la fois agréable et terriblement angoissante défilent des affiches de propagande communiste, des statues patriotiques, des images de conquête spatiale, des danses traditionnelles russes et toute une flopée de personnages historiques charismatiques : Staline, Lénine, Washington, Kennedy, Carter, Brejnev, Reagan et... Karl Marx en père Noël ! Et à chaque fois, le texte en cyrillique salement terni et caché par une traduction en anglais. Ce générique, le voici :


The Americans, ce n'est pas juste une série bien documentée sur un couple d'informateurs soviétiques. C'est avant tout une série osée :

1. Qui propose un autre point de vue sur l'Histoire. Car là, ceux qu'on aime et qu'on veut voir triompher ce sont les Russes grâce à la compassion qu'on éprouve pour Elizabeth et Philip Jennings et leurs camarades de la Rezidentura. Tout se brouille. "Les méchants" ne sont peut-être pas si méchants, "les gentils" ne sont peut-être pas si gentils.... En tout cas, les Américains ne sont pas si "Américains". The Americans nous offre l'occasion de nous identifier au Pays des Soviets. Alors certes, la Russie d'aujourd'hui, n'est plus communiste mais elle demeure tout autant marginalisée, crainte et détestée par bon nombre d'Occidentaux. Cette ouverture humaine et culturelle reste donc d'actualité.

2. Qui risque de vous faire basculer du mauvais côté du mur. La série est en effet très réussie grâce à son réalisme précis. Que font deux Russes quand ils parlent entre eux à l'Ambassade de Russie ? Ils parlent russe, pas anglais ! Résultat : de nombreux dialogues en russe et en plus, les acteurs sont, sauf exception, des russophones natifs, ce qui améliore la qualité du texte. La décision de sous-titrer une bonne partie des échanges pour paraître plus réaliste peut sembler un peu dangereuse, le risque étant d'ennuyer le spectateur en le forçant à lire... et pourtant, le pari est réussi et on se plaît à retrouver ces personnages dans chaque scène. Certains d'entre eux ne parlent que russe et on est entièrement avec eux. Cela en serait presque inquiétant.

Il y a actuellement 5 saisons et la 6ème et dernière saison sortira en 2018. Si avec tout ça, vous ne tombez pas amoureux du russe, alors votre âme est définitivement perdue : je ne peux plus rien faire pour vous. Et j'en suis triste...


samedi 4 novembre 2017

Cinéma brésilien

1. Ó Paí, Ó

É carnaval, é hora de sambar. Carnaval, musique, danse... un condensé de joie et de bonne humeur qui nous fait voyager à l'autre bout du monde et découvrir la culture brésilienne au rythme de la vie des habitants d'un quartier pauvre de Salvador de Bahia, ce qui nous ramène vite à d'autres réalités plus tristes du pays (drogues, racisme, violence, etc).


2. Operações Especiais

L'histoire suit les débuts d'une femme dans la police. En termes de traitement et de réalisation, le film ne vaut pas plus qu'un téléfilm policier français mais présente au moins l'intérêt d'aborder avec justesse les problématiques socio-culturelles du Brésil.


3. Bem Casados

Pour une histoire un peu plus légère, il y a Bem Casados, une comédie romantique qui mêle mariage et complots.

4. Jonas

L'épisode biblique de Jonas et la baleine avait déjà été modernisé par l'Italie a travers le conte de Pinocchio, et il semble presque naturel qu'un pays tout aussi religieux comme le Brésil en ait fait une autre adaptation.


5. A Busca

Theo a une vie de rêve : une maison, une carrière de médecin, une famille... enfin, ça c'est juste en apparence. Puis un jour, son fils de 15 ans disparait : alors qu'il se met à sa recherche, il remet surtout sa vie en question.


6. O Último Cine Drive-in

Un jeune homme dont la mère est malade tente de renouer avec son père qui gère un cinéma en plein air sur le point d'être démoli.