mardi 19 décembre 2017

J'apprends le russe : ma journée type

Cet article, dernier de l'année 2017, a été réalisé dans le cadre de l'événement "Des blogs et des Langues" sur le thème "Comment organiser au mieux sa journée pour apprendre une langue ?" Retrouvez tous les autres blogueurs ayant partagé leur point de vue sur le blog Allemand Malin en cliquant ici.

Comment organiser au mieux sa journée pour apprendre une langue ?


L'importance de la question réside en 2 points :

1) "organiser" - apprendre une langue demande un minimum d'organisation, cela ne se fait pas au hasard. Il est crucial d'avoir une structure à suivre.

2) "sa journée" - il s'agit, je le dis souvent, de l'élément central de la maîtrise d'une langue, à savoir la régularité. "Organiser sa journée", c'est en fait "organiser ses journées", autrement dit instaurer un rituel quotidien.

Néanmoins, y répondre est loin d'être aussi simple qu'il n'y parait. Ceci pour 5 raisons :

1) La réponse dépend de vos journées. Êtes-vous étudiant, salarié, agriculteur, retraité, homme ou femme au foyer... ? Nous avons tous des journées très différentes. Mettre en place une organisation d'apprentissage universelle, applicable à tous les profils est donc tout bonnement impossible.

2) La réponse dépend de votre propre rapport à l'organisation. Êtes-vous structuré de nature ou avez-vous un penchant pour le chaos ? La distinction est essentielle : dans le premier cas, vous pouvez voir mon article comme un complément à l'organisation que vous avez sûrement déjà instaurée vous-même alors que dans le second, il va falloir revoir votre mode de vie - ce qui peut prendre du temps et être un peu douloureux.

3) La réponse dépend de votre façon de travailler et d'apprendre. Êtes-vous du genre matinal ou apprenez-vous mieux la nuit ? Votre mémoire est-elle plus visuelle ou auditive ? 

4) La réponse dépend du niveau que vous souhaitez atteindre et de votre histoire avec la langue, voire aux langues de manière générale. Voulez-vous parler la langue couramment pour déménager à l'étranger par exemple, ou cherchez-vous à acquérir quelques notions pour un voyage ? Avez-vous déjà appris cette langue ou d'autres langues dans le passé ?

5) Enfin, la langue elle-même peut jouer un rôle. On n'apprend sûrement pas le portugais comme on apprend l'arabe. Selon la langue, il faudra mettre l'accent sur différents volets (la prononciation, la grammaire, le vocabulaire plus ou moins éloigné de votre langue maternelle, etc).

... J'espère ne pas vous avoir refroidi ou démotivé, car c'est maintenant que les choses sérieuses commencent ! Comment donc, malgré tous les facteurs fracturants que j'ai cités, s'organiser au mieux pour apprendre une langue ? Contre toute attente, je peux bel et bien apporter une réponse à cette question. Ce sera ma réponse mais j'essaierai de la rendre la plus globale possible. J'utiliserai des exemples bien à moi pour illustrer mes propos.

Pour vous parler de ma journée type d'apprenant, j'ai choisi une langue exotique et effrayante : celle de BOUH-chkine !

J'apprends le russe : ma journée type



Contexte : je suis quelqu'un de nature organisée. C'est peut-être ce goût inné pour l'ordre qui m'a amené à m'expatrier en Allemagne. A l'époque révolue où je vous emmène (il y a à peine quelques mois), j'avais déjà fait 1 an de russe pendant mes études supérieures (assez pour maîtriser parfaitement le cyrillique, avoir un vocabulaire de base solide et connaître les grandes lignes de la grammaire russe), parlais plusieurs langues étrangères (notamment l'anglais, l'allemand, l'italien et le roumain) et vivais à Francfort, où je travaillais pour une entreprise française. Dans cet environnement international, j'ai décidé de me remettre au russe...
 
07h00 - POINT NEWS
Je me lève, plus ou moins péniblement (sommes-nous lundi ou vendredi ?), et me prépare à aller au bureau. Avant de quitter mon appartement, j'ai le réflexe de m'informer sur l'état du monde. Pour le faire de manière passive, je suis les pages Facebook des principaux médias internationaux. Infiltrés discrètement dans mon fil d'actualité, de nombreux articles en russe de Газета, Коммерсант et Комсомольская Правда pour les nouvelles du monde et de la  Russie et Kaktus Media pour des nouvelles plus originales de Bichkek, Kirghizistan constituent mon premier point de contact journalier avec la langue.

07h30 - MUSIQUE !
Prêt à partir, je vérifie bien de ne pas avoir oublié mon iPod pour pouvoir écouter de la musique russe. Mon préféré est Макс Барских, mais j'écoute aussi Mакс Kорж et Егор Крид.

08h00 -17h00 - AU BUREAU
J'organise au mieux ma journée... de travail cette fois ! Dans l'ascenseur, à la cantine ou dans le couloir, je croise une collègue ukrainienne avec qui j'échange quelques mots en russe. Au téléphone avec un fournisseur, un client ou un collègue particulièrement bavard, je veille à toujours avoir une feuille et un stylo à portée de main pour noter quelques informations professionnelles bien sûr, mais aussi quelques mots russes que j'organise en phrases voire en courts textes quand je suis mis en attente ou que je me perds dans mes pensées et me surprend à vouloir me téléporter en Sibérie. D'ailleurs, sur mon bureau, il y a ce sous-main calendrier en papier où j'ai écrit en russe "la vie est belle !"

17h00 MUSIQUE !
Il est l'heure de quitter le bureau, en musique toujours !

17h30 - ASSIMIL
La première chose que je fais en rentrant, sinon je sais comment ça va se terminer, je vais me perdre sur internet et j'arriverai pas à m'y mettre. Je prends donc 30 minutes pour faire une ou deux leçons d'Assimil.

18h00 - PAUSE
Après un bref point news, je coupe avec le russe, le temps de faire mes courses, me promener en ville, aller au ciné, retrouver un ami au resto ou autour d'un verre.

22h00 - SERIE
Je regarde un épisode de Murder en russe (Как избежать наказания за убийство) ou de Вечерний Ургант. Puis, après un énième point news, je profite de ma présence sur Facebook pour jeter un œil aux statuts de Макс Барских et Егор Крид. Si je préfère les chansons du premier, j'aime beaucoup les posts du deuxième sur les réseaux sociaux, quelques phrases toujours courtes et concises, parfois un peu poétiques, grâce auxquelles il exprime un point de vue ou expose une partie de sa personnalité.

Voilà, après tout ça, il est presque l'heure d'aller se coucher. Presque. Avant cela, je regarde une dernière vidéo sur YouTube : le clip de I Love You de Woodkid. Un français qui chante en anglais ? Quel rapport avec le russe ? La réponse est ici !

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Alors que retenir de tout ça ? La répétition est au cœur du processus d'apprentissage. Au final, l'organisation proprement dite de votre journée importe peu, choisissez vos propres activités sans négliger aucun des aspects de la langue (la compréhension écrite et orale, et l'expression écrite et orale : vous voyez, j'ai su tout pratiquer à petite dose en une journée). Mes 2 grands conseils sont :

1) Faites vivre les temps morts. Arrêtez de perdre du temps inutilement à attendre ou à faire des choses absurdes et mettez-le à profit autrement. Au service des langues par exemple.

2) Ne faites plus en français ce que vous faîtes tous les jours quasi automatiquement. Lire le journal est un très bon exemple.

Faites ce que vous voulez mais faites-le avec plaisir et sans jamais perdre de vue pourquoi vous le faites. Pourquoi voulez-vous apprendre telle langue ? Moi, pourquoi me suis-je remis soudainement au russe ? Sur le court terme, pour faire un voyage incroyable au Kazakhstan, et sur le moyen terme, pour préparer mon départ à Saint-Pétersbourg en Permis Vacances-Travail.

vendredi 15 décembre 2017

Comment savoir quelle langue apprendre ?

En langues, il y a deux types d'apprenants : ceux qui savent quelle langue apprendre et ceux qui voudraient apprendre une langue mais ne savent pas laquelle choisir. C'est de cette deuxième catégorie que je vais parler aujourd'hui en répondant à la question "comment savoir quelle langue apprendre ?" Je ne crois pas aux "je suis nul en langues", "les langues, ce n'est pas mon truc" ou "je n'aime pas les langues". Pour moi, il s'agit soit de paresse soit d'un intérêt ignoré par manque de stimulation : il y a au moins une langue étrangère faite pour chacun d'entre nous, j'en suis sûr.

Vous trouverez sur internet des dizaines d'articles comme "pourquoi apprendre le khmer ?", "pourquoi vous devriez vous mettre au wolof maintenant" ou encore "10 raisons d'apprendre l'estonien". J'ai moi-même rédigé quelques billets similaires. Ces textes ont l'avantage de motiver ceux qui ont déjà choisi la langue concernée et de convertir d'éventuels indécis. Mais ils sont souvent limités, pour une raison toute simple...

Prenons l'exemple de l'allemand. La question que vous vous posez, c'est "pourquoi moi, je devrais faire l'effort d'apprendre l'allemand ? Que vais-je y gagner ? Pourquoi l'allemand plutôt qu'une autre langue ?" Vous interrogez votre ami le plus intelligent et en 0,5 seconde, il vous donne déjà 827 000 résultats ! Vous tombez sur un tas d'articles impersonnels. Parmi les raisons d'apprendre l'allemand : "c'est le premier partenaire économique de la France", "c'est le pays de la science", "c'est la première langue de l'Union européenne" ou "c'est la langue maternelle de Mozart". Or, tout ça vous importe peu... voire pas du tout. Quel intérêt de savoir que l'allemand est la langue maternelle de 100 millions d'Européens ? Vous comptez vraiment parler à autant de personnes ? Ce que vous recherchez, c'est un article fait pour vous et vos besoins en particulier et vous pouvez encore chercher longtemps.

Apprendre une langue demande toujours de faire un travail sur soi. Et c'est précisément ce que je vais vous aider à faire aujourd'hui à l'aide d'un test tout simple que j'ai mis en place moi-même.

Quelle langue apprendre : le test en 5 questions


Prenez une feuille et un stylo et répondez à ces questions.


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Question 1 : Ai-je besoin d'apprendre une langue ?

... oui
vous êtes muté aux États-Unis et parlez anglais comme une vache espagnole ; vous savez déjà quelle langue choisir et ce qu'il vous reste à faire donc faites-le
... non 
passez alors à la question 2

Question 2 : Pourquoi devrais-je apprendre une langue ?

par exemple
... pour découvrir une nouvelle culture ?
... pour travailler ou étudier à l'étranger ?
... pour trouver un meilleur travail ou faire de meilleures études en France ?
... pour m'intéresser à quelque chose de nouveau ou à quelque chose tout court ?
... pour arrêter de m'ennuyer ?
... pour relever un défi ?
... parce que je n'ai jamais essayé ?

Question 3 : Qu'est-ce que j'aime faire ?

par exemple
... voyager ? Y a-t-il un pays en particulier ou une région du monde qui m'attire ?
... lire ? Quel est mon auteur préféré ?
... écouter de la musique ? Quel est mon genre préféré ? Mon chanteur préféré ?
... regarder des films ou des séries ? Qui est mon acteur préféré ? Mon réalisateur préféré ?
... faire du sport ? Individuel ou collectif ?

Question 4 : Quel est mon passé et quel est mon futur ?

par exemple
... ai-je des origines étrangères ?
... est-ce que je parle déjà des langues étrangères ? Si oui, combien ?
... ai-je réalisé un projet ces 5 dernières années ?
... ai-je un projet pour ces 5 prochaines années ?
... ai-je un rêve à réaliser dans ma vie ?

Question 5 : Quels sacrifices suis-je prêt à faire ?

par exemple
... quel est mon temps disponible chaque jour pour apprendre ? 30 minutes, 2 heures... ?
... quelle est la durée totale que je suis prêt à investir ? 3 mois, 1 an, 5 ans... ?
... quel niveau ai-je envie d'atteindre ?

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Il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses à ce test. Il n'y donc aucune possibilité de tricher ou de résultat tout fait à espérer : "Vous devriez apprendre le japonais" ou "Vous êtes fait pour le suédois". Ce test est entièrement personnel et doit vous permettre de mieux comprendre qui vous êtes et ce que vous voulez. Hiérarchisez vos réponses de la plus importante à la moins pertinente pour vous et tirez-en les grandes lignes pour savoir ce que vous recherchez dans une langue étrangère et connaître celle qui vous correspond le mieux. En cas de doute d'interprétation de vos résultats, n'hésitez pas à me contacter grâce au formulaire en bas de page ! :)

Voici un exemple (fictif) d'utilisation du test  :

Question 1 : Ai-je besoin d'apprendre une langue ? 
Non.

Question 2 : Pourquoi devrais-je apprendre une langue ?
Je n'ai pas l'intention d'en faire usage dans mon travail.
En revanche, la routine commence à m'ennuyer. J'aimerais m'intéresser à quelque chose de nouveau, découvrir une nouvelle culture. J'ai besoin d'un défi dans ma vie et je n'ai jamais essayé d'apprendre une langue depuis que j'ai arrêté l'école il y a 30 ans.

Question 3 : Qu'est-ce que j'aime faire ?
Je ne lis pas beaucoup mais j'aime bien regarder la télé (les comédies et le foot). 
J'aime bien la pop mais il m'arrive aussi d'écouter du rock ou de l'opéra. 
Je n'ai jamais quitté la France : j'ai toujours voulu voyager en Europe mais j'ai peur.

Question 4 : Quel est mon passé et quel est mon futur ?
Je n'ai aucune origine étrangère à ma connaissance et ne parle que français.
Il y a 2 ans, j'ai commencé à prendre des cours d’œnologie. Ce que j'aimerais maintenant, c'est apprendre ma première langue étrangère qui me permettrait peut-être de faire mon premier voyage en Europe sereinement.

Question 5 : Quels sacrifices suis-je prêt à faire ?
En semaine, je peux consacrer 30 minutes par jour et le week-end, 1 heure par jour. 
J'aimerais avoir un niveau courant en 1 à 2 ans maximum.

Qu'en déduire ?
Je n'ai pas besoin d'apprendre une langue mais je veux le faire pour me challenger et m'occuper. Je veux pouvoir parler couramment en investissant 5 heures par semaine sur 2 ans maximum, sachant que je ne parle que français. J'ai des intérêts variés, en particulier l’œnologie depuis peu. J'aimerais faire mon premier voyage en Europe grâce à cette langue. 
J'ai décidé d'apprendre l'italien !

dimanche 10 décembre 2017

Un super film sur une super langue

Ceci n'est PAS UN SPOIL !

Les films où les langues sont au centre de l'intrigue sont assez rares. Alors quand en plus il s'agit d'un bon film, avec un beau casting, un réalisateur à la mode et qu'il fait presque 900.000 entrées en France, je pense qu'il mérite au moins un article ici, non ?

Ce film, c'est Premier contact (en version originale, Arrival) du Québecois Denis Villeneuve (réalisateur de Prisoners et Blade Runner 2049) avec Amy Adams (Fighter, Man of Steel, American Bluff...) et Forest Whitaker (Le Dernier Roi d’Écosse, le Majordome...), sorti en décembre 2016 en France. Je conseille évidemment de voir le film en anglais (avec ou sans sous-titres, peu importe).


C'est quoi l'histoire ? : suite à une invasion extraterrestre dans une douzaine de pays du monde, l'armée américaine fait appel à Louise Banks, une linguiste réputée, pour apprendre leur langue et comprendre ce qu'ils veulent...

Les langues dans Arrival

 - l'anglais : la langue de communication des personnages (terrestres) ;
- le persan : une des langues maîtrisées par Louise Banks ;
- le mandarin : autre langue parlée (au moins brièvement) par Louise Banks ;
- le sanskrit : autre langue que Louise Banks a apparemment étudié ;
- le portugais : une des langues sur lesquelles Louise Banks donne des cours de linguistique.

... et la langue des extraterrestres, totalement inconnue ! Celle pour laquelle Louise Banks a été missionnée.


Est-ce réaliste ?

C'est de la science-fiction, donc la question est un peu stupide... La question que je pose n'est pas "peut-on rencontrer des extraterrestres ?" mais "si cela arrive un jour, pourra-t-on faire appel à Louise Banks ?"

Cela semble hautement improbable pour les raisons suivantes :
- elle connaît des langues très différentes ;
- apprendre une langue extraterrestre relèverait presque du miracle.

A la rigueur, la première observation est un peu dure. Après tout, il existe peut-être des gens avec des connaissances si profondes et si étendues en langues - je pense tout spécialement à Claude Hagège - même s'il y a une différence de taille entre connaître une langue et la parler. Autre point que je dois évoquer : Louise Banks est une femme. Je ne voudrais pas paraître misogyne, mais les linguistes et polyglottes sont dans la grande majorité des hommes, c'est un fait. Ajouté au jeune âge de Louise Banks (sûrement entre 35 et 45 ans), ce caractère contribue à créer un personnage assez invraisemblable.

Mais ce n'est pas tant l'expérience de la linguiste (je l'ai dit, je suis sûrement dur) qui interpelle que la prouesse qu'elle réalise : apprendre une langue extraterrestre ! Je me demande souvent "comment a-t-on réussi à déchiffrer les langues étrangères ?" : par quel moyen l'anglais, l'allemand, le russe, l'arabe, le mandarin ou le malgache a-t-il été accessible au premier étranger ? Cette question est un peu absurde car aucune langue n'est née d'elle-même et toutes ne sont que le résultat de modifications historiques, où les influences culturelles et interlinguistiques ne sont pas à négliger. En revanche, dans le cadre d'une langue extraterrestre, cette question est tout à fait pertinente : toutes les langues terrestres, aussi éloignées et complexes qu'elles soient à acquérir pour un étranger, évoluent dans un même système et un même environnement, mais qu'en est-il d'une langue qui vient littéralement d'ailleurs ? 

Les extraterrestres communiquent par cercles

Quoi qu'il en soit, Arrival est vraiment un très bon film de science-fiction, tant dans la réalisation que dans l'interprétation mais aussi dans le traitement du thème, osé et complexe, rendant bien compte du processus de l'apprentissage linguistique et de ses conséquences... je n'en dirai bien sûr pas plus ! 


Quel rapport avec Netflix ? (léger spoil)

Arrival pose également une problématique intéressante : celle des concepts propres aux langues. Cela va plus loin que les "intraduisibles" que j'ai mentionnés précédemment. Il s'agit ici en particulier de la conception linéaire du temps, obstacle majeur à l'assimilation de la langue extraterrestre puisqu'elle en est tout simplement absente ! Pour les extraterrestres, il n'y a pas de distinction entre le passé, le présent et le futur, ce qui peut sembler incompréhensible pour nous... et pourtant, il se pourrait que les extraterrestres possèdent la vérité et que cette distinction soit la plus grande illusion dont nous sommes victimes et dont nous n'arrivons pas à nous défaire !

J'en profite pour recommander la première série allemande de Netflix, Dark, qui a fait de cette illusion supposée, le sujet central de son histoire. Le premier épisode s'ouvre sur une citation intrigante d'Albert Einstein qui nous plonge immédiatement dans l'ambiance : "la distinction entre le passé, le présent et le futur n'est qu'une illusion tenace..." ("der Unterschied zwischen Vergangenheit, Gegenwart und Zukunft ist nur eine Illusion, wenn auch eine hartnäckige...").


vendredi 8 décembre 2017

Lost in Translation (3)

Retrouvez l'article précédent ici.

Je ne pouvais pas clore cette série sans parler du français : voici donc 5 mots français intraduisibles !

1. Flâner

N'y a-t-il que les Français pour perdre leur temps à se promener tranquillement sans but, en profitant juste de l'instant présent ?

2. Bricoleur

Les Anglais ont bien un acronyme (DIY pour Do It Yourself, "fais-le toi-même") pour le bricolage mais il ne rend pas exactement la même idée et puis, de toute façon, ce sont trois mots... car en français, un bricoleur, cela peut effectivement être une personne qui aime les petits travaux manuels de réparation, une personne qui touche à tout mais aussi, dans le sens péjoratif du terme, quelqu'un qui fait un travail rapide de mauvaise qualité.


3. Frileux

Voilà un mot qu'on utilise souvent nous les Français, non ? Être frileux, ce n'est pas un état passager, c'est presque un mode de vie : de la personne qui ne se déplace jamais sans son écharpe à celle qui exige une double couette pour survivre au froid glacial de la nuit, on connaît tous un frileux qui le revendique fièrement. "Moi, je suis frileux." Du coup, quand on se retrouve dans une chambre sous-chauffée dans le Tyrol, une forêt québecoise sous le soleil d'hiver ou perdu dans les ruelles enneigées de Saint-Pétersbourg, on se est bien embêté quand il est impossible de mettre un mot sur notre frilosité...

En anglais, il s'appelle "Chilly Smurf"

4. Dépaysant

Être -pays-é : le mot est simple, tout y est. Il suffit de comprendre le mot "pays" et la puissance -constructive du préfixe "dé-" pour en saisir le sens. Mais cela n'a pas empêché les autres langues d'occulter ce terme... même les Allemands, pourtant forts dans ce registre avec tous leurs Heimweh, Fernweh et autre Wanderlust.

5. Défenestrer

Ce mot est concis et efficace, bien qu'un peu déprimant, je vous l'accorde. Pratiquement toutes les langues étrangères ont recours à des locutions comme "sauter de la fenêtre" ou "tomber de la fenêtre". Défenestrer, ça peut être tout ça à la fois (tomber, sauter...) voire plus d'ailleurs (glisser, courir et trébucher, être poussé par quelqu'un...).


mercredi 6 décembre 2017

Lost in Translation (2)

Retrouvez le premier article de la série ici.

Après avoir mis l'allemand, l'italien et le russe à l'honneur, voici 15 "intraduisibles" d'autres langues :

1. Saudade


Commençons par le mot portugais le plus difficile à traduire en français. Il désigne une sorte de nostalgie, mélancolie pour un souvenir passé qui peut être lié à un lieu, un événement ou une personne. Pour exprimer la complexité de ce mot, Larousse a recours a une longue mais approximative définition "sentiment de délicieuse nostalgie, désir d'ailleurs qui s'exprime dans le fado et la morna."

2. Iktsuarpok


de l'inuktitut : sentiment d'impatience quand vous attendez quelqu'un, qui vous amène à vérifier s'il arrive, en regardant plusieurs fois par la fenêtre.
 
3. Mamihlapinatapai

Vous regardez une personne, elle vous regarde aussi. Vous voulez tous les deux la même chose mais n'osez pas vous lancer. Vous espérez que l'autre le fera, mais l'autre personne espère que c'est vous qui le fera. C'est "mamihlapinatapai" !

Deux choses intéressantes sur ce mot impressionnant :
- il a été désigné "mot le plus succinct" du monde et figure dans le Guinness des Records ;
- ce mot nous vient du yagan, une langue du Chili quasiment éteinte. En 2017, il ne reste qu'un locuteur de la langue. Il a 89 ans.... Quand je vous dis que la mort des langues fait mourir notre monde un peu plus chaque fois !

4. Peiskos

Passons au norvégien. Peiskos, c'est l'émotion ressentie lorsqu'on se réchauffe devant la cheminée. Pas étonnant qu'il nous vienne du pays des fjords !

5. Tartle

"Je le connais lui... je l'ai vu où déjà ?" Hésiter, réfléchir lorsqu'on nous présente quelqu'un qu'on a déjà rencontré mais dont on a oublié les détails de la rencontre. De l'écossais.

6. Kaapshljmurslis

 La sensation d'être compressé dans le métro. On aurait pu croire à un mot japonais, pourtant il est letton. Et le comble, c'est qu'il n'y a même pas de métro à Riga... c'est un peu comme si les Français inventaient un verbe qui signifie "ne pas faire grève pendant un an".


Le métro de Tokyo, le plus fréquenté du monde avec 9 millions de passagers/jour

7. Kyoikumama

Le japonais justement, avec ce mot qui désigne les mères forçant leurs enfants à tout sacrifier pour étudier et être les meilleurs à l'école.

8. Tsundoku

Encore un mot japonais. Celui-ci je l'aime beaucoup car il m'a permis de mettre un terme sur une pathologie chronique dont je suis moi-même atteint. Le tsundoku, c'est le fait d'acheter des livres et de les laisser s'empiler sans jamais les lire.


Le tsundoku peut prendre des proportions extrêmes...

9. Komorebi

Le japonais toujours, avec ce mot qui désigne la lumière du soleil qui filtre à travers les feuilles des arbres.

10. Yugen

Le sens japonais de la métaphysique peut décidément aller très loin. Jusqu'à donner un mot aux profondes émotions évoquées par une compréhension et une conscience profonde de l'univers et l'environnement qui nous entoure. Des sentiments qui, paradoxalement, sont trop puissants, mystérieux et inexplicables pour pouvoir être décrits avec des mots.

11. Yakamoz

Le turc aussi est poétique. La preuve avec ce joli petit mot, qui caractérise le reflet de la lune dans l'eau. Les Suédois ont l'équivalent dans leur langue : "mångata".

12. Gökotta

La transition est faite, donc au tour du suédois. Le fait de se lever tôt le matin pour profiter du lever de soleil, de l'éveil de la nature et du chant matinal des oiseaux.

13. Gufra

En arabe, la quantité d'eau que l'on peut prendre dans une main.

14. Hygge

C'est le mot qu'il faut retenir en danois ! Il s'agit d'une humeur positive, d'un sentiment créé par un moment agréable dans une chaleur intime et conviviale. Les exemples sont souvent plus parlants : boire un chocolat chaud sous un plaid près d'une cheminée ou lire un roman dans une cabane en bois la nuit avec une bougie pour seule éclairage, c'est hygge ! Le problème de ce mot, ce n'est pas seulement la traduction, mais aussi la prononciation... comme tout bon mot danois qui se respecte.

Voilà, ça c'est hygge !

15. Jayus

Pour finir un mot indonésien qui fait défaut à toutes les autres langues : une blague tellement nulle qu'elle nous fait rire.

Si ces mots ont réveillé en vous une sensibilité insoupçonnée pour la beauté de la diversité linguistique (au point, peut-être d'apprendre une langue), alors j'en suis ravi ! S'ils ont au moins suscité votre intérêt pour les mots qui comblent les lacunes à mettre en forme le réel, alors je vous recommande le Dictionnary of Obscure Sorrows, une compilation de mots inventés qui parviennent, avec la plus grande justesse, à mettre des mots sur des sentiments ou des émotions délaissées par la rigueur et la rationalité des langues existantes. En voici un extrait :