jeudi 9 mars 2017

Langue facile ou difficile ?

Espagnol ? Facile ! Allemand ? Difficile ! Italien ? Facile ! Russe ? Très difficile ! Roumain ? Aucune idée, je ne sais pas ce que c'est...


J'ai pris l'habitude de remettre en question les préjugés sur les langues et aujourd'hui, c'est au concept de langues faciles et difficiles que je voudrais m'attaquer. Pour 2 raisons :

- la première, c'est qu'il s'agit d'un des stéréotypes les plus tenaces dans ce domaine. Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer les choix des collégiens pour leur LV2 : 71% se tournent vers l'espagnol contre 15% de masochistes qui préfèrent l'allemand. La liste est complétée par des langues plus rarement proposées par l’Éducation Nationale, comme l'italien (6%). Cependant, je suis convaincu que si tous les établissements permettaient d'apprendre à commander une pizza à Rome dans la langue locale, beaucoup de petits Français opteraient pour cette "langue facile". Et on se retrouverait avec la répartition suivante : 50% espagnol, 40% italien et Hut ab! à l'allemand s'il arrive à attirer la moitié des 10% restants... Ces chiffres sont bien sûr fantaisistes mais vous pouvez voir les vraies statistiques ci.

- la seconde, c'est que je n'adhère absolument pas à ce concept. Bien sûr je n'ai pas étudié un nombre suffisamment significatif de langues. En revanche, parmi celles que je parle, quatre sont intéressantes car elles sont souvent estampillées "facile" ou "difficile" par les 65 millions d'experts-linguistes que l'on trouve aux quatre coins de l'Hexagone. Ces langues sont l'espagnol et l'italien (dans le camp facile, disons celui des Bleus) et l'allemand et le russe (dans le camp difficile, disons celui des Rouges). Ce sont elles que je vais utiliser pour ma démonstration.

Langues faciles et difficiles : vraiment ?

Si je rejette l'opposition "langues faciles vs difficiles", je ne pense évidemment pas pour autant que toutes les langues se valent. D'après moi, il existerait deux typologies que j'ai nommées Typologie A et Typologie B pour une question de neutralité. Sur le graphique suivant, je les ai mises en exergue en confrontant le temps et les efforts nécessaires pour apprendre une nouvelle langue et le niveau atteint. Les paliers A1, B1, A2, B2, etc correspondent à une notation personnelle qui n'a absolument aucun lien avec les codes du Cadre européen commun de référence pour les langues.


Voyons maintenant ces deux typologies en détail.

Typologie A

Celle des "langues faciles". Plus précisément pour un francophone, la famille des langues romanes (par exemple, l'espagnol et l'italien), à laquelle j'ajoute l'anglais. 4 étapes :
- A1 : l'apprentissage commence, on trouve beaucoup de structures de phrases et de vocabulaire similaires au français. C'est facile ! Avec un minimum de temps et d'efforts, on atteint un niveau débutant. On est content. Cool.
- A2 : après le stade A1, les efforts continuent à payer et on s'améliore peu à peu jusqu'à parvenir à un niveau moyen / intermédiaire. Et c'est là qu'on stagne. On continue de s'investir, mais on ne voit plus les résultats. C'est frustrant parce qu'on s'était habitué à progresser rapidement ! On est déçu. Typiquement, c'est le moment où on découvre la complexité des conjugaisons en italien et en espagnol (les joies de l'imparfait du subjonctif !) ou les phrasal verbs en anglais (take on, take up, take for, take after, take over...). Souvent, c'est là qu'on abandonne. Et c'est pour cela, qu'on trouve autant de personnes avec un niveau intermédiaire dans ces langues.
- A3 : si vous n'avez pas jeté l'éponge à l'étape précédente, vous retrouvez des progrès constants avec des efforts constants.
- A4 : Finalement, on atteint le niveau courant tant convoité ! Non pensavo che questo potesse accadere. L'imparfait du subjonctif italien est maîtrisé. Perfetto! Ora andiamo a mangiare la pizza per festeggiare.

Typologie B

Celle des "langues difficiles". Globalement toutes les autres langues - dont l'allemand et le russe. 4 étapes également :
- B1 : l'apprentissage commence et on ne comprend rien. Les racines des mots sont aux antipodes de notre langue maternelle. Parfois, il y a des déclinaisons - cette chose qui ne devrait exister que pour les langues mortes, comme le latin. Bref, c'est atroce ! Même lire la langue peut demander un travail titanesque. Pourquoi les Russes utilisent-ils cet alphabet incompréhensible ?
Ainsi, contrairement aux langues de typologie A, où la plupart des locuteurs non-natifs élisent domicile en A2, ici, la répartition se fait aux deux extrêmes (B1 et B4) : il y a ceux qui abandonnent à cette étape - déjà ? Oui, de toute façon, c'est une langue difficile, c'est comme ça - et les acharnés, qui en cherchant à assimiler les rouages de la machine linguistique, finiront par atterrir en B4.


- B2 : Vous, vous ne lâchez rien. Vous continuez à investir temps et efforts et au final, cela paie ! On comprend de plus en plus de choses, on se familiarise avec la langue... on progresse ! On atteint son petit niveau de débutant et on est fier. Tout compte fait, c'est peut-être moins horrible que ce qu'on pensait.
- B3 : et puis, il y a un déclic. Soudain, on intègre entièrement le système linguistique : on décline les substantifs naturellement, on place son verbe avec succès, on est capable de solliciter sans réfléchir des centaines de vocables russes "barbares"... tout s'accélère. La maîtrise n'est plus très loin ! On y croit !
- B4 : On y est ! On a grimpé l'Everest ! On voit la lumière au bout du tunnel !


Selon moi, cette typologie est plus proche de la réalité. Il n'y a ni langue facile ni difficile. Il n'y a que des idées reçues. Une seule chose compte : la motivation ! C'est la volonté que vous avez pour la langue que vous voulez apprendre qui fera la différence. Rien d'autre.

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