vendredi 3 mars 2017

Le français : un avantage pour apprendre d'autres langues !

Si votre langue maternelle est le français, vous disposez, selon moi, d'un atout certain pour apprendre d'autres langues !

"Tu vas où Paulo ? - Là-bas, tout en haut !"

Famille nombreuse

Le français appartient à une grande famille de langues, à laquelle je m'intéresse particulièrement : les langues romanes - dont les principales sont l'espagnol, l'italien, le roumain et le portugais. Ainsi, vous avez un accès privilégié à ces quatre beaux idiomes. Au total, cela représente plus d'un milliard de locuteurs !

Voyons un peu plus loin... le français appartient à une famille encore plus nombreuse : celles des langues indo-européennes. Si les langues romanes dérivent du latin, les langues indo-européennes, elles, dériveraient de l'indo-européen. De très nombreux langages sont ainsi apparentés : l'anglais, l'allemand, le norvégien (les langues germaniques), le slovaque, le polonais, le russe (les langues slaves) mais aussi le hindi et le persan

Pour se convaincre de la portée de cette famille, il suffit de regarder la carte suivante. En orange sont signalés les pays dont la langue officielle, unique ou majoritaire, est une langue indo-européenne (hindi, ourdou en Inde, portugais au Brésil, anglais en Australie, etc). En jaune, on peut voir les territoires qui reconnaissent une langue indo-européenne, bien que celle-ci soit concurrencée par une langue d'une autre famille (par exemple, russe vs kirghize au Kirghizstan ou danois vs groenlandais au Groenland). Enfin, en gris, ce sont les pays qui ont une langue non indo-européenne comme langue officielle. On y trouve cependant souvent des communautés minoritaires qui parlent une langue indo-européenne. Bref, le constat est sans appel : les langues indo-européennes dominent le monde !


Intéressant, mais quels attributs particuliers de la langue de Molière en font un atout majeur pour les polyglottes en herbe ? Je vais apporter une réponse en deux parties pour distinguer les facteurs extrinsèques (A) des facteurs intrinsèques (B). Mon analyse étant purement empirique, elle ne peut prétendre à aucune valeur scientifique. Elle est donc bien sûr contestable.

A - Relations du français avec les autres langues

Mon étude des langues romanes (hors portugais) m'a permis d'établir le schéma suivant :


Si il est plutôt aisé de passer d'une langue latine à une autre, je me suis rendu compte que les liens entre certaines étaient singulièrement forts:
1) du français vers l'italien, l'espagnol et le roumain ;
2) de l'italien vers l'espagnol, le français et le roumain ;
3) de l'espagnol vers le français, l'italien et le portugais ;
4) du roumain vers le français et l'italien ;
5) du portugais vers l'espagnol.

Le français fait donc partie de la Trinité Romane, le roumain et le portugais étant, à mon sens, deux langues un peu moins accessibles. Notez que les liens fonctionnent toujours dans les deux sens.

Mais encore une fois, voyons plus loin ! Pour plusieurs raisons, le français a également modifié l'apparence actuelle d'autres langues, qu'elles soient indo-européennes (russe) ou non (turc).

Inutile de traduire la profession de ce Turc

Et bien évidemment, l'anglais n'a pas échappé à l'influence de son arrogant voisin ! Comme l'a mentionné Carol Bausor, cet impact linguistique s'est notamment exercé en cuisine (il paraît que la cuisine française, c'est le top). Une fois dans l'assiette, l'animal se met à défendre les valeurs du pays des droits de l'Homme : pig devient pork, cow devient beef, sheep devient mutton, calf devient veal et hen devient poultry.

You can’t decide which language you prefer? Don’t doubt anymore! If you hesitatejust choose English. Les mots en rouge proviennent directement du français alors que les racines de l'allemand, une autre langue germanique, sont plus difficilement identifiables, avec respectivement : entscheiden, Sprache, bevorzugen, zweifeln, einfach, auswählen. De très beaux mots, ils sont simplement un peu moins familiers pour un francophone.

En revanche, sachez que les verbes allemands en -ieren sont issus du français : on peut donc sans problème en deviner le sens. Akzeptieren, diskutieren, manipulieren, präsentieren, reparieren, riskieren, telefonieren... La liste est longue, mais surtout la liste est là ! Les Français qui parlent allemand ont d'ailleurs la fâcheuse tendance d'abuser de ces verbes rassurants, alors qu'il existe parfois des synonymes plus naturels pour un germanophone.

 
B - Subtilités du français

Le français est une langue difficile, très difficile même. Il parait d'ailleurs qu'il s'agit d'une des langues les plus dures du monde ! Ah bon ? Beaucoup de Français en sont persuadés. Malheureusement, il arrive souvent que les personnes qui soutiennent ce discours ne parlent aucune langue étrangère. J'ai un peu de mal à comprendre comment on peut défendre cette idée sans disposer d'éléments de comparaison. Par ailleurs, la notion de langue difficile revêt une dimension internationale. Si on écoute les Allemands, leur langue est très compliquée ; les Russes vous traiteront de fous si vous essayez de dompter leur idiome ; et les transalpins, eux, réputés comme les Français pour leur don des langues, vous diront ma parli bellissimo! Come sei bravo! È una lingua difficilissima! A qui se fier ?

Pour ma part, et je l'avais dit dès mon premier article, je ne crois pas au concept des langues faciles et difficiles. En revanche, ce que je pense, c'est que le français est une langue subtile, d'une très grande richesse. En parlant déjà français, vous possédez une certaine souplesse et flexibilité mentale qui peuvent servir dans l'acquisition de langages supplémentaires. C'est ce que montre notamment l'étendue du registre familier et argotique, qui trouve difficilement son pendant dans d'autres langues, même proches. Quelques exemples :

en espagnol : tengo cincuenta años
en français : j'ai cinquante ans, j'ai cinquante berges, j'ai cinquante piges, j'ai cinquante balais...

en anglais : I'm gonna die
en français : je vais mourir, je vais crever, je vais claquer, je vais clamser...

en allemand : wo ist der Wagen?
en français : où est la voiture ?, où est la caisse ?, où est la bagnole ?...

en italien : ce ne andiamo!
en français : on s'en va !, on se casse !, on se tire !, on s'arrache !, on se barre !, on se taille !...

Filer à l'anglaise

en russe : Ты всё ещё ешь ?
en français : tu es encore en train de manger ?, tu es encore en train de bouffer ?, tu es encore en train de t'empiffrer ?, tu es encore en train de te goinfrer ?, tu es encore en train de becqueter ?, tu es encore en train de grailler ?...

en roumain : Nu am bani
en français : je n'ai pas d'argent, je n'ai pas de sous, je n'ai pas de fric, je n'ai pas de flouz, je n'ai pas de pognon, je n'ai pas d'oseille, je n'ai pas un rond, je n'ai pas un radis, je n'ai pas de blé, je n'ai pas de biftons, je n'ai pas de cash, je n'ai pas de thune...

Bref, vous avez compris / saisi / capté / pigé ? Vous savez déjà jongler avec brio avec les mots, les registres et la syntaxe de votre langue donc une de plus ne sera pas un problème. Pas besoin de tant travailler / bosser / bûcher / trimer !

Dernière chose. Il est vrai que le français ne possède pas certains sons, par ailleurs largement répandus dans d'autres langues. J'avais abordé ce sujet dans cet article-ci et celui-là. Toutefois, le français reste une langue plutôt riche dans la diversité de ses sons et certains d'entre eux donnent même du fil à retordre aux étrangers. Je pense notamment aux "on", "an", "in", typiquement français. Difficile par exemple pour un Allemand, de faire la différence entre marron, marrant et marin !



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