dimanche 9 avril 2017

Defence Against The Dark Arts

Okay, on a compris : j'aime les langues ! Et c'est pour cette raison qu'aujourd'hui, paradoxalement, j'ai choisi de m'attaquer à la maléfique langue anglaise. Car sous son apparence innocente se dissimule un visage démoniaque que je me dois de "déturbaniser".

"Thought you ought to know!"

Évidemment, je n'ai rien contre l'anglais en tant qu'idiome. Certes, sa beauté ne me subjugue pas - je suis plus Oncle Vania qu'Oncle Sam - mais le réel problème qu'il me pose, c'est la situation hégémonique dont il jouit et que tout le monde accepte gentiment. L'anglais est omniprésent sous une forme simplifiée, le globish, qui menace les autres langues mais aussi l'avenir de l'anglais à proprement parler, puisque, justement, on ne le parle plus proprement properly.

Avec l’avènement des échanges Erasmus, on aurait pu croire que les étudiants s'intéresseraient de plus en plus aux langues étrangères. On passe un semestre à Barcelone, à Milan, à Munich ou même à Sofia, et au lieu de pratiquer l'espagnol, l'italien, l'allemand ou le bulgare, on fait quoi ? On parle anglais ? Un anglais pauvre qui n'a plus rien à voir avec la langue de Shakespeare. Langue de Shakes-pire, if anything ! If any think...

"It's not enough to speak, but to speak true"

"STOP! T'es sympa, Arnaud, mais tout le monde n'a pas tes facilités linguistiques !"

Ah oui, pardon, j'avais oublié. Ce genre de phrase est une double insulte :

1- à mon égard, car je n'ai aucune facilité, je suis loin de maîtriser parfaitement les langues que je parle. Le seul don que j'ai s'appelle travail et volonté (la méthode "j'apprends des listes de mots par cœur" file directement à la poubelle, sans état d'âme) ;

2- vis-à-vis de vous-même : reconnaître le génie chez l'autre, c'est admettre son incapacité à l'égaler. Ou plus exactement, c'est légitimer sa paresse : "pas de ma faute, si je ne parle pas plusieurs langues, je n'ai pas ce talent. J'aurais aimé l'avoir mais ce n'est pas le cas. C'est tout". Selon moi, tout génie - quel qu'il soit - n'est que l'expression d'une vision et d'une motivation supérieures à la moyenne. L'intelligence est superflue.

Je pense que le soft power du globish n'a pu être un succès qu'à cause de notre complaisance. Je baragouine l'anglais, cela me permet de me débrouiller dans la plupart des situations, pourquoi se torturer l'esprit avec d'autres langues ?

"C'était cool ton stage à Stockholm ? Tu parles suédois maintenant ? 
- Oh non, tu sais, c'est pas la peine : tout le monde parle anglais là-bas." 


En considérant la langue comme un moyen, et non un but  - celui de découvrir une autre culture, dont la langue est une composante majeure - on se ferme selon moi à des expériences d'une incroyable richesse, et pire encore, on uniformise la pensée et on contribue indirectement à la mort des langues. Il suffit de constater les ravages provoqués par l'espagnol en Amérique Latine ou par l'anglais en Australie, pour le comprendre (voir cet article).

En France, la conquête de la communication internationale par l'anglais a trouvé son principal détracteur en la personne de Claude Hagège. Convaincu que cette langue diffuse une idéologie néolibérale impérialiste, il a écrit l'ouvrage Contre la pensée unique. Vous trouverez dans cette interview le condensé de sa critique.

Je garde espoir que les esprits se réveilleront un jour et que le goût pour les langues (le goût pour le globish, ce n'est pas le goût pour les langues, désolé) pourra se développer. Quittons la France pour un pays voisin, dont la langue, la quatrième la plus enseignée dans le monde, est souvent considérée comme la plus romantique de toutes. Thomas Mann la qualifiait même de "langue des anges". Je veux parler, bien entendu, de l'italien ! Il bel paese est lui aussi inquiet - et quand on parle une langue aussi magnifique et aussi riche, voir les Anglais débarquer ne peut effectivement que provoquer une hémorragie des consciences ! Une fois n'est pas coutume, j'ai une conférence remarquable à vous proposer : "From Bello to biutiful: what’s going on with the Italian Language?". In italiano, ovviamente:



2 commentaires:

  1. La mort des langues...et quid du français ?

    En France, les langues dite régionales se font bouffer par le français, une langue démoniaque s'il en est. En Afrique, le français s'attaque aux langues africaines. Le français fait partie d'une dizaine de langues mondiales et véhiculaires qui ravagent le monde. À bas le français ! À bas l'anglais, le russe, le chinois mandarin, l'arabe, l'espagnol, le portugais !

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  2. La mort des langues est en effet liée à la puissance de quelques grandes langues, c'est ce que je disais dans cet article : https://languesbienpendues.blogspot.fr/2017/02/voix-de-disparition.html
    La différence ici avec l'anglais, c'est qu'elle est utilisée comme langue de communication internationale dans une version simplifiée qui non seulement appauvrit l'anglais mais qui en plus, je pense, tue la curiosité à apprendre d'autres langues puisque "baragouiner l'anglais suffit".

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