samedi 22 avril 2017

Espagnol vs Italien

Quand on est français, apprendre une autre langue latine représente souvent "un choix facile et utile". Les deux langues les plus populaires à cet égard sont assurément l'espagnol et l'italien. Voici quelques informations qui peuvent vous aider à vous décider entre ces deux langues.


Italien ou espagnol ?

Si on ne se fie qu'aux chiffres, alors aucune hésitation possible : l'espagnol est une des langues les plus parlées dans le monde avec environ 500 millions de locuteurs natifs contre 60 millions pour l'italien. Mais d'autres facteurs sont à considérer. L'espagnol est une langue largement étudiée en France alors que les italophones sont plus rares dans ce pays. Apprendre l'italien pourrait donc être un axe de différenciation. Si vous voulez vous démarquer encore plus, tournez-vous même vers le portugais (parlé au Portugal, au Brésil, au Mozambique, en Angola... par 240 millions de personnes au total), ou encore le roumain (très belle langue à laquelle personne ne s'intéresse) et sa vingtaine de millions de locuteurs. Mais la question d'aujourd'hui, c'est : "italien ou espagnol ?"

Pour ma part, j'ai choisi d'apprendre les deux, et sur la base de mon expérience et de mes goûts, voici un petit tour d'horizon de ces deux langues romanes.

L'italien


Au début, j'ai moi-même hésité : quelle langue apprendre ? L'italien ou l'espagnol ? Mais pas très longtemps : j'ai choisi de commencer par l'italien. Je vous avais déjà exposé dans cet article tous les motifs qui m'avaient conduit vers cette langue magnifique. Sa richesse vocalique, ses r roulés et ses "ch" et "tch" me plaisent beaucoup. Autant de caractéristiques que l'on retrouve en russe et en roumain d'ailleurs, deux autres langues que je trouve agréables. En fait, je me suis toujours senti très proche des Italiens, culturellement, humainement, fraternellement, amicalement, linguisitiquement... bref sur bien des plans. Ne dit-on pas d'ailleurs « Seule Paris est digne de Rome ; seule Rome est digne de Paris » et en italien « Solo Parigi è degna di Roma; solo Roma è degna di Parigi » ? Paris est jumelée avec une seule ville, Rome, et vice versa.

Sur la langue elle-même maintenant, quelques observations :

- J'ai l'impression que le vocabulaire italien est globalement plus proche du français que le vocabulaire espagnol. Par exemple :
malato enfermo malade
figlio hijo fils
formaggio queso fromage
mancare faltar manquer
fratello hermano frère
tornare regresar retourner
portare llevar porter
qualcuno alguien quelqu'un
qualcosa algo quelque chose
fame hambre faim
parlare hablar parler
prendere tomar prendre
mettere poner mettre
incinta embarazada enceinte
bello hermoso beau
giorno dia jour
finire acabar finir
trovare encontrar trouver
lasciare dejar laisser
cercare buscar chercher
più mas plus
mangiare comer manger
fare hacer faire

- L'italien est la seule langue que je connaisse où "y" (ci) et "en" (ne) ont une traduction précise. Et quand on voit à quelle fréquence on utilise ces petits mots en français, ce n'est pas rien ! Je veux parler de ces vocables dans le sens de j'y vais, ci vado, j'y pense, ci sto pensando... j'en veux, ne voglio, je n'en peux plus, non ne posso più...

- Comme le français, l'italien pratique l'élision. Ce n'est pas le cas de l'espagnol. L'élision consiste à alléger une structure où deux voyelles se suivent en utilisant une apostrophe. Typiquement, en français, on a "l'avion" au lieu de le avion, "j'ai" au lieu de je ai, "c'est" au lieu de ce est, etc. Et en italien ? On dit il treno le train mais l'aereo l'avion, all'inizio au début, che cos'è? c'est quoi ?, ou encore anch'io moi aussi.

- Beaucoup de consonnes doubles en italien (ce qui n'est pas le cas de l'espagnol), d'où mon doute (dubio? dubbio?) fréquent lorsque je dois écrire mais aussi prononcer (dois-je m'attarder une seconde de plus sur ce son t, p, m, b, n, l... ou la consonne n'est-elle écrite qu'une fois ?).

- L'avantage de l'italien, c'est que je n'ai pas appris le passé simple et je m'en sors très bien ! Je ne l'utilise donc jamais mais en plus, je l'entends rarement, le lis parfois mais globalement son usage, comme en français, n'est pas bien répandu. En espagnol, c'est une autre histoire : impossible de faire l'impasse sur le passé simple, qui reste un temps de prédilection pour exprimer des actions passées.

- En revanche, pas d'impasse possible sur le subjonctif imparfait. Que ce soit en italien ou en espagnol, il faudra l'apprendre ! C'est quoi ce temps ? Question légitime parce qu'il n'existe plus en français. Avant on disait, "il fallait qu'il parlât" au lieu de "il fallait qu'il parle" ou encore "je voulais que tu vinsses" au lieu de "je voulais que tu viennes". Non seulement, ce temps n'est pas encore mort en italien et en espagnol, mais en plus, on l'utilise souvent. Une difficulté majeure des deux langues d'après moi.

L'espagnol


Pour moi, l'italien est une belle langue, une très belle langue, une des plus belles langues du monde ! Je suis moins expansif au sujet de l'espagnol. Ses intonations et sa musicalité sont bien différentes de celles de la langue de Dante. Les hispanophones parlent plus vite que les Italiens et je trouve la langue de Cervantès bien plus agressive aussi. Mais l'appétit vient en mangeant, et c'est en apprenant l'espagnol que j'ai commencé à réellement apprécier cette langue.

Quelques remarques personnelles néanmoins :

- L'espagnol me semble plus consonantique et donc plus pesant que l'italien. Les nombreux "s" sonores finaux (par opposition aux "s" muets finaux en français) alourdissent la langue. Pour illustrer, grazie merci devient gracias, possiamo nous pouvons, podemos, noi nous, nosotros... Il n'y a pas que les "s", c'est le cas d'autres consonnes : ainsi dicono ils disent devient dicen, bene bien devient bien, per favore s'il vous plaît devient por favor, etc.

- En espagnol, on trouve des mots qui commencent par des voyelles et finissent par des consonnes, là où l'italien fait l'inverse. En quoi le second cas sonne mieux à mes oreilles ? Commencer par une consonne contribue, je pense, à mieux cracher, expulser les mots et la voyelle finale permet de conclure en douceur. Par exemple, scegliere choisir remplace elegir, parlare parler, hablar (le "h" étant muet), scrivere écrire, escribir, studiare étudier, estudiar, dimenticare oublier, olvidar, spiegare expliquer, explicar, et ainsi de suite.

Au sujet de la langue, on a vu que l'on ne peut pas fermer les yeux sur le passé simple et que le vocabulaire est parfois moins intuitif qu'en italien. Parmi les difficultés particulières de l'espagnol, ajoutons les queismo et dequeismo, ou le fait de mettre des de là où il ne faut pas et de les omettre quand ils sont nécessaires. Cette distinction pose un véritable défi pour parler une langue correcte, y compris pour les locuteurs natifs ! Par exemple, en français on dit "je me suis rendu compte de la vérité" mais "je me suis rendu compte que c'était vrai" : en espagnol, il faudra dire "je me suis rendu compte de que c'était vrai".

D'une langue à l'autre

Au final, parler italien ou espagnol ne devrait pas vous poser problème. Ce qui est plus délicat, c'est parler italien ET espagnol. Je me rends bientôt à Madrid et bien évidemment, je pratiquerai l'espagnol le plus possible mais je sais déjà que je ne pourrai réfréner certains réflexes italiens, maitrisant mieux cette langue. Si cette situation me désolait un peu au début, je me suis récemment réconforté en voyant une interview en espagnol de Mika, qui en plus de pouvoir s'exprimer dans un français irréprochable, parle italien et espagnol.... enfin, en théorie. Je me suis senti moins seul !


"ho un problema perché... porque... studio... estoy estudiando l'italiano.... adesso... ahora... sono completamente... ahora non puedo parlare [...] tutta... para toda help me para toda la mia vita"

J'ai donc le sentiment que quelques astuces pour passer de l'italien à l'espagnol (et inversement) ne seront pas de trop :

- porto port, porta porte, corpo corps, nostro notre, vostro votre, fuoco feu... deviennent puerto, puerta, cuerpo, nuestro, vuestro et fuego
- vous avez remarqué que le "c" de fuoco devient un "g" dans fuego. De même, dico je dis devient digo, amico ami, amigo, sicuro sûr, seguro ou encore lacrima larme, lagrima
- les ita deviennent des ad : verita verité, verdad, liberta liberté, libertad...
- vento vent devient viento, sempre toujours, siempre, tempo temps, tiempo, etc
- et les ace des az avec, entre autres, pace paix et paz, voce voix et voz, luce lumière et luz, capace capable et capaz, etc

J'ai remarqué également les choses suivantes :

- deux mots importants : pleuvoir et pleurer. Ils se ressemblent un peu dans leurs sons et leur sens ("Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville" comme disait si bien Verlaine). En italien, on a respectivement piovere pour pleuvoir et piangere pour pleurer - transformation habituelle des pl en pi comme plaire > piacere ou couple > coppia, plan > piano, bl en bi, comme blond > biondo, blanc > bianco et d'autres exemples clé > chiave, flanc > fianco, etc) et en espagnol, ces deux mots ne commencent ni par pl ni par pi mais par ll : llover et llorar.

- on a vu que certains mots espagnols pouvaient être moins évidents que leurs équivalents italiens. Vraiment ? Rechangeons juste les lettres pour y voir plus clair : transformons cette fois les nombreux "h" espagnols en f. Et ainsi hilo devient filo, et ça ressemble à fil (c'est bien ce que ça veut dire), harina > farina pour farine, hijo > fijo pour fils, hacer > facer pour faire, herir > ferir, proche de l'italien ferire pour blesser, hermano > fermano pour frère, hambre > fambre pour faim, hermoso > fermoso pour beau (en roumain frumos). Et autre mot essentiel : hablar > fablar, parler. Quel rapport ? Aucun directement peut-être jusqu'à ce qu'on pense au mot français "fabuler". Donc un Espagnol ne parle pas ? Il fabule ? Je vous laisse maître de vos conclusions.

Je pourrais évoquer d'autres pistes ; ceci n'est qu'un léger aperçu de l'italien et de l'espagnol, deux langues qui ont beaucoup de richesses à offrir. Si vous souhaitez en savoir plus, libre à vous maintenant d'en apprendre une - voire, soyons fous, les deux ! Finalement, n'oublions pas que la motivation, c'est tout ce qui compte.

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