mardi 4 avril 2017

Les clichés sur l'anglais

Les clichés sur les langues, ce n'est pas ça qui manque ! J'en ai évoqués déjà beaucoup et aujourd'hui, j'aimerais en aborder deux qui concernent l'anglais.

Cliché n° 1 : "L'anglais, c'est facile !"

Finger in the nose?

NON

Pour 2 raisons :

1 - Il n'y a ni langue facile ni langue difficile. J'ai consacré un long article et une démonstration quasi mathématique à cette problématique, que vous pouvez retrouver ici.

2 - Ce n'est pas l'anglais en soi qui est facile. Ce qui est facile, c'est de croire parler anglais ! Dans la vidéo ci-dessous, Claude Hagège expose les subtilités et les difficultés de la langue anglaise. Beaucoup de gens pensent que l'anglais est facile pour les raisons suivantes :
- la conjugaison est (en apparence) assez simple - en français : je vais, tu vas, il va, nous allons, vous allez, ils vont >>> en anglais : I go, you go, he goes, we go, you go, they go. Cependant, les verbes irréguliers sont nombreux. Si thrive, prospérer, a un prétérit régulier (thrived), strive, s'efforcer de, fait strove, striven. Aucun moyen de le deviner ou de le déduire, si on ne l'apprend pas ;
- il n'y a pas d'accords - en français : un petit garçon, une petite fille >>> en anglais : a little boy, a little girl. Toutefois, les pluriels ne sont pas toujours si évidents.


Mais les vraies subtilités / difficultés de l'anglais sont sa prononciation et ses expressions idiomatiques :

- la prononciation. Parmi toutes les langues que j'ai apprises (certes, je ne me suis pas frotté aux langues tonales), l'anglais est assurément la plus complexe phonétiquement. Boot, botte, beat, battre, bit, un peu, bite, mordre, bait, appât, bat, chauve-souris, bet, parier... tous ces mots commencent par "b" et se terminent par "t". Et entre ces deux lettres ? On trouve une grande diversité de diphtongues, absentes de la langue française et donc plutôt difficiles à reproduire pour un francophone. Autre défi de la prononciation anglaise : des mêmes lettres à l'écrit peuvent s'exprimer différemment à l'oral. Cough, rough, through, though : aucun de ces mots ne rime ! De même, pas de rimes entre illusion et mansion, sweat et meat, blood et mood, flood et food... Et bien que society et social soient de la même famille, pour une raison obscure, la prononciation du son "ci" est totalement différente. Dans la même veine, le "i" de write est différent de celui de written et le "ea" de read diffère aussi selon le temps employé (présent ou passé), même si sur papier le mot reste inchangé.


- Les expressions idiomatiques désignent des "expressions dont le sens ne résulte pas de l'analyse des éléments composants". En français, on a ainsi "prendre ses jambes à son cou", "avoir l'estomac dans les talons", "tomber dans les pommes", "peigner la girafe", "pisser dans un violon", "être de la jaquette flottante", "les doigts dans le nez", etc. Un étranger qui parle bien français peut comprendre les mots les + doigts + dans + le + nez, qui sont des vocables plutôt basiques. En revanche, le sens de ces mots isolés ne l'aidera pas à comprendre ce qu'ils signifient lorsqu'ils sont réunis dans cette locution. En anglais, c'est pire, car ces expressions pullulent. Kick the bucket ne veut pas dire donner un coup de pied au seau mais mourir.

A cela s'ajoutent les phrasal verbs : pour faire court, un verbe dont le sens est modifié par une particule. Look for ne veut pas dire regarder pour, ce qui même en français n'a pas de sens, mais chercher, alors que look after signifie s'occuper de, et non regarder après. Évidemment, ces associations imprévisibles ne sont pas l'apanage de la langue de Shakespeare. En français aussi, on peut changer complétement le sens d'un verbe en l'associant à un autre mot. Parfois même à un autre verbe. J'en ai d'ailleurs utilisé un exemple plusieurs fois : vouloir dire dans le sens de signifier. To want to say ne fera pas sens pour des anglophones. Ça ne sonnera pas de cloche, comme ils disent ! Pour certains de nos frères latins, néanmoins, si (voler dire, querer decir). Anyway... Let's get back to our sheep! Les Anglais marient abondamment verbes et prépositions, ce qui peut déconcerter, voire mener à des contresens. "Yesterday, I saw him off at the airport" pourrait vouloir dire "Hier, je l'ai vu partir à l'aéroport". La signification réelle est "Hier, je l'ai accompagné à l'aéroport pour lui dire au revoir".

En anglais, le mouvement s'exprime aussi de manière très originale : he swam across the river, he ran across the street sont les traductions respectives de il a traversé la rivière à la nage et il a traversé la route en courant. Aucun Anglais ne dira "he crossed the river by swimming" ou "he crossed the street by running". Un Français, convaincu que "l'anglais, c'est facile", pourrait peut-être le dire. Claude Hagège cite un autre exemple frappant : "he sang his way to fame". Littéralement, cela donnerait en français, il a chanté son chemin vers la célébrité, autrement dit il est devenu célèbre en chantant. Là encore, un Français aurait certainement dit "he became famous by singing", ce qui est tout sauf naturel pour un Anglais.


L'anglais, c'est facile, donc ? Pas si sûr. D'ailleurs, l'ensemble des éléments cités plus haut peut servir à démonter un autre cliché tenace. Généralement, il est répandu par les anglophones non natifs qui parlent aussi "une langue difficile" (par exemple, l'allemand) : "l'anglais, c'est une langue pauvre". Bien entendu, c'est faux ! Le globish est une langue pauvre, l'espéranto aussi peut-être (je ne le connais pas et donc ne peut pas m'exprimer à son sujet). Toutes les autres langues, et notamment l'anglais, ne sont pas pauvres. Dire d'une langue qu'elle est pauvre est d'ailleurs, à mes yeux, quelque chose d'horrible. Si on va un peu plus loin que "I would like a hamburger", on réalise vite que l'anglais est une langue fascinante et incroyablement riche ! Malheureusement, la simplification extrême de cette langue avec la mondialisation, en plus de menacer les autres langues du globe, est avant tout une auto-menace pour l'anglais. Cette thématique inquiétante méritant un article à part entière, j'y reviendrai bientôt.

Cliché n°2 :  "Parler anglais suffit. Pas besoin d'apprendre d'autres langues !"


Should we stop to comb the giraffe?

NON

Là encore, pour 2 raisons :

1 - L'anglais ne suffit pas pour communiquer. C'est d'ailleurs marrant de défendre cette idée en étant Français, puisque face au snobisme linguistique des Parisiens, un touriste américain peut rapidement regretter de ne pas avoir appris la langue de Molière. Si vous souhaitez vous rendre au Japon, en Russie, ou même - soyons moins téméraires - en Italie, l'anglais peut vous suffire. Mais si votre intérêt ne se limite pas à commander des sushis à Tokyo, une pizza à Venise ou une vodka à Saint-Pétersbourg, alors parler japonais, italien ou russe sera sûrement utile.

2 -  L'anglais ne suffit pas. Tout court. Je ne parle pas seulement de communication. Pour prendre un exemple simple, je vis en Allemagne. Tous les Allemands que je connais parlent anglais. Pourtant, parler allemand en Allemagne n'a jamais été et ne sera jamais perçu comme une option pour moi. Tout comme parler italien avec un Italien, roumain avec un Roumain, russe avec un Russe, etc dès que l'occasion se présente. J'ai de plus en plus à cœur de m'adresser à mes interlocuteurs dans leur langue maternelle, même si ce n'est qu'à l'aide de quelques mots. Au risque de faire cliché - on n'est plus à un cliché près - j'aimerais reprendre cette citation de Nelson Mandela :
"If you talk to a man in a language he understands, that goes to his head. If you talk to him in his own language, that goes to his heart"

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