jeudi 8 juin 2017

Leçons de Turcs

Je reviens d'un long week-end en Turquie. Comme je l'ai déjà mentionné dans un précédent article, après être tombé sous le charme d'Istanbul l'année dernière, j'ai décidé de retourner dans ce pays magnifique pour y découvrir une autre région : la Côte Égéenne. Je vais être honnête avec vous, c'est un peu à reculons que j'ai pris l'avion vendredi dernier, regrettant de ne pas avoir opté pour un deuxième séjour à Istanbul. Pourtant, je viens de passer un des plus beaux voyages de ma vie. Je voulais mettre à profit mes leçons de turc et je suis reparti avec des leçons de Turcs.

J'ai donc décollé vendredi soir de Francfort, direction Istanbul. Oui, car comme si mes regrets ne suffisaient pas, je me suis arrêté le temps d'une escale (2h, trop court pour quitter l'aéroport malheureusement) dans celle qu'on appelait autrefois "la Nouvelle Rome", avant de prendre mon deuxième avion pour Izmir. A peine atterri à Istanbul, j'ai commencé à ressentir une excitation : j'étais heureux de revenir dans ce pays. Quand est venu le moment d'embarquer pour Izmir, ma frustration initiale s'est immédiatement envolée : finalement, j'étais vraiment impatient de voir une autre facette du pays.

Vue d'Istanbul depuis le hublot

J'ai atterri à Izmir samedi en pleine nuit. Après avoir récupéré mon sac en soute, à 3h30 du matin, je suis parti à la recherche d'un endroit plus ou moins calme dans l'aéroport où passer le reste de la nuit. Allongé sur quelques sièges, j'ai essayé de dormir un peu, sans grand succès, réveillé régulièrement par les allées et venues des voyageurs matinaux et les appels incessants aux portes d'embarquement. En début de matinée, j'ai pris le train pour ma première étape :  Selçuk - n'ayant prévu de visiter Izmir qu'à la fin de mon périple.

Selçuk


50 kilomètres et 1h de train plus tard, j'arrive à Selçuk. Il est 9h du matin. A première vue, la petite ville semble peu animée. Ce n'est pas Selçuk en soi qui m'a attiré mais les sites autour. L'endroit est pourtant mignon, je l'admets, et alors que je quitte la gare pour me rendre vers le centre, je tombe sur un grand marché, bordé de bars et restaurants, où les Turcs ne manquent pas leur rendez-vous matinal avec le thé. Je cherche le point de départ des bus pour les excursions autour de Selçuk. Il n'y a aucune indication et très peu de touristes. Je me résous donc à me renseigner auprès d'un Turc en rassemblant les fragments de turc dont je dispose : Merhaba, Efes'e gitmek istiyorum ("bonjour, je voudrais aller à Éphèse"). Mon niveau reste encore très basique : je peux exprimer des énoncés simples, un peu plus que lors de mon séjour à Istanbul il y a quelques mois, mais pas de quoi avoir une réelle discussion. Ces quelques notions et ma connaissance théorique de la langue me serviront néanmoins un peu plus tard dans mon voyage. Le jeune homme m'indique donc le chemin et après quelques minutes, je trouve la place des minibus. Il ne s'agit pas de minibus comme on les connaît en France : en Turquie, on appelle ce moyen de transport dolmuş, ce qui signifie "plein". En effet, si la destination de chacun de ces véhicules est clairement affichée sur le pare-brise, impossible de trouver les horaires de départ, tout simplement parce qu'il n'y en a pas : le minibus part quand il est plein. Dans cette jungle de minibus, je finis par en trouver un qui s'apprête à partir à Éphèse et il reste justement une place de libre : parfait !

Éphèse

Ephèse, avec la bibliothèque de Celsus dans le fond

Voici donc ma réelle première destination : pas un point de passage comme l'ont été tour à tour depuis mon arrivée Istanbul, Izmir puis Selçuk, mais un endroit que je voulais visiter depuis plusieurs années. Ici se trouvait l'une des sept merveilles du monde antique : le temple d'Artémis, aujourd'hui malheureusement disparu. Toutefois, tous les vestiges autour valent le détour, en particulier la Bibliothèque de Celsus qui m'a ébloui par sa beauté et la préservation parfaite de ses nombreux détails. Le site est quasi désert. Il y a quelques siècles, les Romains sont passés par là. Les touristes, eux, ont visiblement préféré s'en tenir à Rome. Après deux heures à parcourir les ruines de cette ancienne Cité inscrite au patrimoine mondiale de l'UNESCO et peuplée de nombreux chats, je décide de retourner à Selçuk pour prendre un dolmuş vers ma prochaine étape : Şirince.

Şirince


Şirince est un village perché dans les hauteurs de Selçuk. Un lieu paisible et très mignon, où je m'adonne à mon activité préférée : me perdre dans les ruelles. Certaines sont complétement vides. J'entends un coq au loin. Puis l'appel à la prière, touchant et magnifique. Au milieu du village trône en effet une jolie petite mosquée. Je m'arrête dans un restaurant pour prendre un repas local : mantı,des ravioles turques, et ayran, boisson salée au lait et au yaourt, à laquelle je suis devenu accro depuis Istanbul. Avant de repartir pour Selçuk, je fais une halte dans l'église du village, impeccablement conservée.


Denizli

Après avoir refait un dernier petit tour des rues et du marché de Selçuk, je me rends vers la gare pour prendre de nouveau le train, cette fois vers Denizli, à 200 kilomètres de là, soit 3h de transport. Pour la première fois, j'ai décidé de tester le couchsurfing, initiative géniale qui permet de parcourir le monde en étant accueilli chez l'habitant. Je savais déjà grâce à Assimil et à Babbel en quoi consistaient les leçons de turc, mais là j'ai découvert bien mieux : des leçons de Turcs ! Mes hôtes m'attendent à la gare. De jeunes étudiants qui ne vont pas tarder à me révéler les qualités humaines extraordinaires du peuple turc : des personnes accueillantes, généreuses, curieuses, cultivées, ouvertes et tolérantes. Leur légendaire hospitalité n'est pas qu'un mythe. Une fois arrivés dans leur appartement, ils me servent un délicieux repas local à base de riz et de poisson (et le retour du fameux ayran !). Nous discutons un peu et écoutons de la musique turque et française (Zaz et Indila sont de vraies stars là-bas) avant de partir à la découverte du quartier et du campus de leur université. C'est le ramadan et à la tombée de la nuit, la ville s'anime. Nous rentrons à l'appartement en fin de soirée et jusque tard dans la nuit nous continuons à discuter de sujets très variés : nos cultures, nos expériences, nos projets, nos rêves. Nous échangeons quelques mots en turc, je leur enseigne un peu de français, nous dansons, chantons, jouons de la guitare. Je suis chez eux et je me sens chez moi. Le thème de la sécurité en Turquie fait irruption. Je l'avais déjà ressenti à Istanbul et mon deuxième séjour dans le pays ne faisait que le confirmer : les touristes n'ont plus confiance en ce pays, le terrorisme les effraie. C'est justement son but. Nombreuses sont d'ailleurs les personnes qui m'avaient exprimé leur crainte lorsque je leur avais dit vouloir retourner en Turquie. Et pourtant bizarrement, ce pays et ses gens me rassurent. Je ne m'y sens absolument pas en danger. Ironiquement, j'apprends en allant me coucher que Londres vient de subir un attentat.


Rues de Denizli
 

Pamukkale

Si j'ai adoré la soirée passée à Denizli, ce n'était pourtant pas à l'origine une ville que je souhaitais visiter. Mon objectif se situe à une quinzaine de kilomètres de là et est mondialement connu : Pamukkale et Hierapolis. Et c'est justement où nous nous rendons le dimanche. Pamukkale signifie "château de coton" en turc : une montagne blanche, constituée de chaux durcie et de bassins chauds dans lesquels nous pouvons nous baigner. Un site naturel unique et remarquable. 


 Hierapolis

Derrière la montagne, Hierapolis, sublime cité antique dont le théâtre me fascine tellement que je peine à le quitter. Soudain, l'orage s'abat sur les ruines, m'extirpant brutalement de mes rêves diurnes. Nous nous empressons de regagner Denizli, où je dois prendre mon train et laisser derrière moi mes hôtes exemplaires pour retourner à la case départ : Izmir. Les 5h de trajet me donnent l'occasion de me reposer un peu et d'admirer la beauté de la campagne turque. Je viens de passer deux jours merveilleux et intenses qui me donnent l'impression d'être ici depuis deux semaines au moins !

Hierapolis et son théâtre

Izmir


J'arrive à Izmir en fin de soirée, où mon nouvel hôte m'attend. Nous parcourons la ville à pied, en faisant halte dans un petit restaurant. Sur le bord de mer, une foule est rassemblée devant un écran géant où est projeté un match de football, apparemment décisif, à l'issue duquel, Göztepe, club de la ville évoluant en ligue 2, se qualifie pour la ligue 1. Toute la nuit, les voitures et passants célébreront largement cette victoire. Après plusieurs heures de marche dans la ville à échanger sur des sujets passionnants : l'Europe, l'Histoire de la Turquie, la récente élection présidentielle en France, la religion... nous regagnons l'appartement où nous continuons à discuter. Mon hôte est un jeune étudiant... en linguistique ! Face à cet heureux hasard, nous poursuivons la conversation sur les langues jusqu'au lever du jour. Le lundi est occupé en grande partie par la visite de Bornova, district d'Izmir parsemé de restaurants, cafés, bars et parcs et par des discussions philosophiques dont je ressors enrichi. 

Salon de thé à Bornova

Le lendemain est, malheureusement, déjà le temps du départ après une dernière visite d'Izmir et en particulier son bazar. A peine parti, je suis déjà nostalgique

çok üzgünüm :(

Un séjour que je ne suis pas prêt d'oublier et qui me pousse une fois encore à vouloir revenir en Turquie, poursuivre mes voyages et apprendre les langues. De nouveaux pays et de nouvelles langues arrivent justement très bientôt. De quoi pallier cette tristesse que m'a fait ressentir une deuxième fois mon départ de Turquie.

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