mercredi 26 juillet 2017

Egaré en Bulgarie

"Au physique comme au caractère, Sofia n'est ni Prague, ni Budapest. Moins exubérante, presque provinciale par sa taille et son rythme, elle affirme un caractère déjà plus oriental et reste davantage marquée par le poids de l'héritage communiste. Sofia n'est pas de celles qui éblouissent au premier regard."

Voici comment Le Routard décrit la capitale bulgare. Cela donne envie d'y aller, n'est-ce pas ? Alors si cette description de la ville est fidèle à la réalité, qu'est-ce qui peut bien motiver un séjour à Sofia ? Je ne sais pas. Le prix des billets d'avion peut-être... En tout cas, c'est ce qui m'a motivé en premier lieu (60€ aller-retour !). Dès mon arrivée, un autre touriste m'avoue être venu pour la même raison. Mais surtout, dès mon arrivée, je me rends compte que Sofia est largement sous-estimée.

Cathédrale Alexandre-Nevski de Sofia

 Langues en Bulgarie

Tout d'abord, faisons un point linguistique ! En Bulgarie, on parle bulgare (sans blague ?). Ma première intention a donc été d'apprendre quelques rudiments de cette langue slave. C'est un peu raté, je l'avoue... La motivation m'a fait défaut car je n'arrivais pas réellement à me projeter dans ce pays. Tout ce que je sais dire, c'est : oui (да), non (не), merci (qui se dit "merci" !), s'il vous plaît (моля), bonjour (добър ден) et au revoir (Чао, comme en italien). Le premier obstacle du bulgare, je l'ai déjà surmonté grâce au russe : c'est l'alphabet cyrillique - d'ailleurs créé en Bulgarie par les moines Cyrille et Méthode.

Statues de Cyrille et Méthode à Sofia

Je n'avais jamais entendu de bulgare avant mon séjour à Sofia. Cela ressemble au russe avec une richesse vocalique un peu moindre. Les Bulgares ont ainsi par exemple plus souvent recours au son "é" que "ié", contrairement aux Russes (pour des mots courants comme pardon, jour, soir... quasi identiques dans les deux langues, à cette différence près).

Comment communiquer en Bulgarie si on ne parle pas bulgare ? 

La première stratégie que j'ai adoptée, un peu offensante je l'admets et je le regrette, a été de parler russe. Je me suis dit que j'avais des chances de me faire comprendre car ces deux idiomes sont de la même famille et que l'URSS exerçait une influence non négligeable dans ce pays il y a moins de trente ans. Est-ce vrai ? Oui et non. La communication se passait généralement sans encombre (avec réponses en bulgare) parce que les gens pensaient que j'étais Russe. Quand je leur répondais que non, ils passaient systématiquement à l'anglais. Car en réalité, le niveau d'anglais des Bulgares est plutôt bon voire très bon en particulier chez les moins de 35 ans, qui parlent quasiment tous la langue de Shakespeare (d'après mon expérience en tout cas). Il faut dire que la langue qui fait rêver les Bulgares, c'est bien l'anglais et non le russe, en particulier depuis l'adhésion de la Bulgarie à l'Union Européenne en 2007. Une grande partie de la population attend désormais l'arrivée de l'euro avec impatience. Quoi qu'il en soit, apprendre l'alphabet cyrillique avant de partir vous aidera à coup sûr lors de votre séjour. Et contrairement à ce qu'on a tendance à penser, ce n'est vraiment pas si difficile que cela.

Quoi ?

Pourquoi Sofia mérite-t-elle d'être "regardée" ?

Alvaro Soler ne fait sûrement pas référence à la capitale bulgare lorsqu'il chante "Mira, Sofia !" mais pour autant Sofia mérite vraiment d'être regardée et le constat du Routard d'être revu. Et je vais vous dire pourquoi !

L'âme de Sofia, s'il est correct de s'exprimer ainsi, m'a en réalité plus touché que celle de Prague ou Budapest, qui sont pourtant deux très belles villes. Je ne veux pas que vous pensiez que je suis du genre à me laisser facilement séduire par toutes les villes que je visite. Il existe même des villes qui m'ont laissé indifférent voire déplu (Astana, Milan, Varsovie, Lisbonne... Paris !). Ce n'est pas le cas de la petite Sofia.

Car oui, Sofia est petite. Mais ne nous arrêtons pas à ce qualificatif dépréciatif. Plutôt que de dire "Sofia est petite" ou "provinciale" pour citer le Routard, je préfère dire que cette capitale est harmonieusement aérée. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Sofia, c'est un peu la cité des oppositions, où l'on trouve tout et son contraire. Sofia est lumineuse par ses monuments blancs ou aux couleurs chaudes, ses pavés jaunes et ses places irrésistiblement baignées de soleil quand surgit l'été. Mais Sofia est ombragée dès que vous quittez les grands axes pour vous perdre dans ses ruelles peuplées d'arbres. Sofia est paisible : la vie s'y déroule tranquillement, sans être perturbée par une circulation infernale à l'Istanbul ou à la Naples. Mais Sofia est tourmentée : son esprit torturé est déchiré entre la modernité qu'elle désire rejoindre et ses nombreuses influences passées qu'elle souhaite continuer à honorer (Empire Romain, Empire Ottoman, communisme, etc). Car Sofia est reconnaissante, respectueuse et sincère. Elle ne porte aucun masque, elle se montre telle qu'elle est, que cela vous plaise ou non. Il suffirait de dire que Sofia est sage : c'est de là que vient son nom, car Sofia en grec signifie sagesse. Sofia est Sofia. La comparer à Prague et Budapest n'a d'ailleurs aucun sens. Sofia est une ville modeste par la taille mais aussi par ses prétentions. Elle seule peut se targuer de posséder cette élégance inavouée. J'ai visité près d'une trentaine de pays et jamais je n'ai rencontré une ville avec un tel profil.

La beauté de Sofia

Sofia est une cultivée désinvolte. Les différentes civilisations qui ont foulé ses pavés ont contribué à façonner son visage actuel et à lui conférer cette richesse incroyable et en même temps, Sofia la fausse docile a toujours cherché à s'affranchir de ces influences pour n'être qu'elle. Aujourd'hui, on note cette dualité par petites touches, en tombant sur un peintre de rue adossé à des ruines romaines et reproduisant un tramway sofiote, en croisant le regard d'un vieil homme vendant des livres d'occasions sur le trottoir en face d'une façade revisitée par le street art (les fans de street art sont comblés à Sofia !) ou encore en découvrant Bare Hands Society, sublime boutique tenue par un artiste qui exprime sa passion en confectionnant des t-shirts entre deux bâtiments érigés par l'ère communiste et laissés là, intacts, par la douce Sofia.

Sofia est résolument une ville musée. Mais pas au sens où on l'entend pour Florence, Venise ou encore Rome, qui le sont au sens littéral. Pour Sofia, cela doit plutôt s'entendre au sens figuré. C'est le musée de l'humanité, des civilisations. L'expérience est donc beaucoup moins intuitive et facile d'accès et je comprends que certains visiteurs peuvent tirer les mêmes conclusions que le Routard. Sofia ne s'est pas encore trouvée, elle se cherche mais c'est comme si elle continuera éternellement à le faire. Bref, je me suis énormément identifié à Sofia et dans une version adaptée du portrait chinois, je répondrais immédiatement "SOFIA !" à la question "Si vous étiez une ville, laquelle serait-ce ?"

Je ne suis resté que deux jours à Sofia (beaucoup trop court !) car j'ai voulu voir d'autres facettes du pays. A commencer par Plovdiv, seconde ville bulgare à 2 heures de bus de la capitale, et dont on m'avait parlé avec ferveur. J'ai beaucoup aimé cette ville qui, à l'inverse de Sofia, revendique fièrement sa beauté, en particulier celles des ruelles de sa vieille-ville bordée de maisons bulgares traditionnelles.


Parmi les autres indispensables du pays, je me suis rendu à l'église de Boyana. Elle peut paraître banale comme ça, et pourtant, elle a plus de 1000 ans et possède des fresques remarquables.

 

Mais les plus belles fresques que j'ai vues sont celles du Monastère de Rila !


Un peu d'Histoire

La Bulgarie est classée troisième au monde en ce qui concerne la richesse archéologique (derrière l'Italie et la Grèce). Le premier Empire qui a marqué Sofia et qui l'a convertie au christianisme, c'est l'Empire Romain. On trouve de nombreuses ruines romaines à travers la ville. Puis, pendant 5 siècles, Sofia s'est orientalisée sous l'emprise de l'Empire Ottoman, avant d'être libérée par les Russes à la fin du XIXème siècle : Sofia devient alors capitale de la Bulgarie retrouvée. Elle ne compte alors que 10.000 habitants et va rapidement se développer. A l'aube de la Première Guerre mondiale, elle en compte déjà 10 fois plus et la population atteint le demi-million pendant les années 1940.

Cette période est un chapitre très intéressant de l'Histoire du pays. A l'époque, le pays comptait 50.000 Juifs. Aujourd'hui, on en dénombre moins de 5.000. On sait tous ce qu'il s'est passé pendant la Seconde Guerre mondiale et pourtant l'histoire des Juifs de Bulgarie est complétement à part. Boris III, roi de Bulgarie, avait choisi de rester neutre dans le conflit... jusqu'à ce que les troupes d'Hitler débarquent aux portes du pays. Les Allemands ont besoin de traverser la Bulgarie pour rejoindre la Grèce et aider les troupes italiennes en mauvaise posture. Hitler promet à la Bulgarie de leur laisser un sort privilégié si le pays choisit de rejoindre ses rangs. Et c'est donc ce que le roi décide malgré lui. Les demandes du Führer ne s'arrêtent pas là et il ordonne au pays de lui livrer tous ses Juifs. 50.000 personnes, donc. Le peuple bulgare est scandalisé par la nouvelle et s'y oppose par solidarité avec la communauté juive. Boris III cherche donc des subterfuges pour se dérober. En rejoignant les Nazis, la Bulgarie a préféré combattre contre le Royaume-Uni, un ennemi plus lointain et moins effrayant que l'immense Russie voisine. Sauf que les Britanniques ont pris la déclaration de guerre très au sérieux et ont commencé à bombarder massivement Sofia. Boris III disait donc avoir besoin des Juifs pour reconstruire la ville. Il a ainsi refusé de livrer les Juifs bulgares, se cachant derrière ces prétextes. En 1943, quelques jours après une réunion avec Hitler, le roi meurt dans des conditions très étranges, qui n'ont toujours pas été élucidées. Apparemment, les Nazis se seraient rendu compte qu'on se moquait un peu d'eux. Quoi qu'il en soit, pas un seul Juif bulgare n'a été livré à l'Allemagne et ils ont tous survécu. La chute de leur population dans le pays s'explique par l'émigration massive en Israël qui a suivi.

Marché au puces de Sofia, vitrine de l'Histoire

C'est le fils de Boris III, Siméon II qui hérite du pouvoir. Il n'a que six ans et constitue une proie facile pour les communistes, tapis dans l'ombre, qui renversent la monarchie. Le jeune roi déchu est contraint à l'exil en Espagne. L'ère du communisme commence en Bulgarie et durera jusqu'en 1989, date de l'effondrement de l'idéologie dans la plupart des pays d'Europe de l'est. Cette époque, qui a profondément marqué la Bulgarie, est également riche en "anecdotes" dignes de romans d'espionnage, comme celle de cet écrivain dissident bulgare assassiné à Londres dans les années 1970 par empoisonnement causé par la piqûre en apparence inoffensive d'une pointe de parapluie derrière le genou, alors qu'il marchait sur un pont de la capitale anglaise. Dans les années 1990, Siméon revient en Bulgarie et finit par être élu Premier Ministre !

Les résidus du communisme, contraints à faire face au logo de McDonald's

Sofia m'a aussi sensibilisé à ces évènements historiques inconnus et a intensifié ce désir que j'ai depuis très longtemps. Celui de démasquer enfin le visage de la pieuvre mystérieuse dont mes voyages en ex-démocraties populaires m'ont fait apercevoir les traces laissées par les tentacules. Oui, la Russie...

vendredi 21 juillet 2017

And each regret and each goodbye was a mistake too great to hide

It happened once again. Yesterday, I heard of Chester Bennington's death. Even though death is always a tragic event, there are some conditions that make it even more so: dying at a young age, committing suicide or having a specific connection to the deceased, to name a few. Well, Chester, I think they call that a trifecta!

"And you were there at the turn, waiting to let me know"

Chester Bennington was 41 and committed suicide. He was famous for being the singer of Linkin Park and that's how I would like to remember him today. I've mentioned Linkin Park before in an article called Le début d'une histoire sans fin. I first listened to this band when I was 12 and have never stopped ever since! The thing is, Linkin Park played a central role in my English learning. I must admit listening to their songs was way more fun than doing my homework for my old-fashioned fiftysomething teacher.

For now, I'd just like to share the most emblematic songs of the band.

"Don't know what you're expecting of me"

There's no doubt about it: Numb is the most famous one! It is also the first one I heard and as you know, first times always matter.


 "I've put my trust in you, pushed as far as I can go"


 "So let mercy come and wash away..."


 "So give me reason to prove me wrong"


"We can't wait to burn it to the ground" 

I was 20 when the song was released, my teenage years were clearly behind me but still, this track may be my favorite one!


jeudi 20 juillet 2017

Prendre du recul pour mieux apprendre

Apprendre une langue étrangère, c'est aussi apprendre sa propre langue. C'est en apprenant le mot allemand "verantwortlich" qui contient le mot "Antwort" réponse que j'ai compris comment était construit l'équivalent français "responsable" - être responsable, c'est pouvoir répondre de ses actes.

Mais prendre du recul sur sa propre langue, c'est aussi prendre du recul sur des constructions inconscientes qu'on utilise tous les jours. Il ne suffit pas de traduire mot à mot une phrase pour en traduire le sens. Dites "he makes cold" ou "er macht kalt" à un Anglais ou un Allemand, il ne comprendra pas que vous voulez dire il fait froid, car eux, ils disent c'est froid, ce qui est d'ailleurs bien plus logique. Les Français, comme les Italiens (fa freddo) préfèrent apparemment continuer à croire qu'il y a quelqu'un derrière tout ça. Que quelqu'un fait le froid, le chaud. Qui est ce "il" responsable des fluctuations climatiques ? Dieu, sûrement.

Les idiomes peuvent donc en dire long sur un peuple. En français, par exemple, on aime être négatif : "on ne t'a jamais dit que... ?" pour demander "on t'a déjà dit que... ?", "tu ne veux pas venir avec moi ?" pour "tu veux venir avec moi ?", "t'as pas deux euros ?" pour "t'as deux euros ?", "t'as pas cinq minutes ?" pour "t'as cinq minutes ?", etc. A l'inverse, d'autres langues préfèrent les formulations positives : en anglais, on dira plus facilement souviens-toi (remember) que n'oublie pas (don't forget).

N'oublie pas qui tu es !

Les Français seraient-ils pessimistes ? Peut-être. En tout cas, pas suffisamment optimistes pour reconnaître le positif où il est : "c'est pas mal !" pour "c'est plutôt bien !" (voire carrément "c'est très bien !"), "j'ai pas mal voyagé" (pour "j'ai beaucoup voyagé"), "c'est pas bête !" (pour "c'est intelligent, malin !"), etc. Parfois, c'est comme si on aimait se torturer en mentionnant explicitement l'absence du positif : "c'est pas terrible","c'est sans plus", "j'y suis arrivé non sans difficulté / non sans problème"... En fait, ce qu'on aime par-dessus tout, c'est peut-être les constructions lourdes. "Ça, c'est toi qui le dis !" : un Allemand s'exprimera beaucoup plus légèrement (Das sagst du, littéralement "ça dis toi") et bizarrement dans ce cas précis, les Italiens adoptent exactement la même façon de parler que les Allemands (lo dici tu).

C'est sûrement ce besoin de longueur qui pousse les Français à doubler les sujets à l'oral. Une pratique très répandue que je n'ai jamais comprise et que je n'ai retrouvée dans aucune autre langue ! Personne ne dit "mon frère habite à Paris", "ton père m'a dit que...", "Louis est déjà arrivé ?". On dira plutôt : "mon frère, il habite à Paris", "il habite à Paris, mon frère", "ton père, il m'a dit que...", "il m'a dit que..., ton père", "Il est déjà arrivé, Louis ?"... "On" justement. Deux lettres qui forment un pronom indéfini mais aussi un substitut populaire au "nous". Pour se déculpabiliser peut-être, "nous", c'est "moi +..." alors que "on", c'est... on ne sait pas, justement. Nous n'avons pas perdu, on a perdu, on s'est trompé... Nous, les Français, on est comme ça. C'est pas moi qui le dis !

Si le sujet vous intéresse :
Et voilà pourquoi l'allemand met le verbe à la fin

dimanche 16 juillet 2017

Comprehensible input

La clé de la maîtrise d'une langue étrangère passe par l'acquisition. 
Pas par l'apprentissage.

Le modèle exposé ci-dessous a été développé par le chercheur linguiste Stephen Krashen il y a 40 ans et repose sur 5 hypothèses. Ce modèle reste largement critiqué mais j'ai choisi d'en parler car il a le mérite d'exposer une approche originale de l'acquisition des langues et également de proposer une révision des méthodes d'enseignement.

Input hypothesis
L'apprenant améliore son niveau de langue en comprenant des données qui sont légèrement plus complexes que son niveau actuel. Par données (input en anglais), Krashen entend la compréhension orale et écrite. D'après lui, l'expression orale ne permet pas une meilleure acquisition de la langue. 


Acquisition–learning hypothesis
Krashen fait la distinction entre l'acquisition et l'apprentissage. L'acquisition est un processus entièrement subconscient, naturel et intuitif alors que l'apprentissage, lui, est un mécanisme conscient. Selon Krashen, l'amélioration des capacités linguistiques ne dépend que de l'acquisition. Jamais de l'apprentissage. Pour prendre un exemple très simple, un bébé assimile bien sa langue maternelle par acquisition - pas par apprentissage. 


Monitor hypothesis
Cependant, il existe des situations dans lesquelles on a appris consciemment des langues. Dans ce cas, on apprend à produire de la matière (écrire / parler soi-même) mais il ne s'agit pas de discours naturel. Cela signifie qu'avant de parler, la personne doit réaliser un processus interne qui lui permet de s'exprimer correctement : elle doit connaître la / les règles de grammaire théoriques qui lui permettent de dire ce qu'elle veut dire ; elle doit se concentrer sur la correction ; elle doit avoir le temps de mettre en place ce processus. C'est pour cela que la personne s'exprime lentement, moins vite que dans sa langue maternelle en tout cas.

En conclusion, cette pratique, que Krashen appelle monitor, est plutôt adaptée à l'écrit mais n'est pas à recommander à l'oral. Il est impossible de connaître toutes les règles de grammaire. Même dans le cas où on les aurait toutes apprises, il est impossible de se souvenir de toutes ou d'utiliser correctement celles dont on se souvient. 

Natural order hypothesis
La langue serait acquise dans un ordre particulier. Cet ordre serait le même pour tous les apprenants et pour toutes les langues.

Affective filter hypothesis
La capacité d'apprentissage d'une langue est freinée par les émotions négatives : la peur, l'embarras, l'angoisse, le manque de confiance en soi...

"Summon the Krashen"

samedi 15 juillet 2017

S'expatrier en Allemagne

Dans ce précédent article, j'ai essayé de vous montrer que l'allemand gagne à être appris. Aujourd'hui, je vais me focaliser sur un point en particulier : s'expatrier grâce à l'allemand.

Lorsqu'on est jeune diplômé et que l'on cherche son premier emploi, plusieurs facteurs peuvent être déterminants : les études que l'on a choisi de faire, les stages effectués, mais aussi... les langues ! Et l'allemand vous donne d'emblée un énorme avantage. Il y a deux ans, je suis moi-même passé par là. Fraichement diplômé, je recherchais un poste en marketing et alors que les entretiens en France étaient difficiles à décrocher, les opportunités en Allemagne ne manquaient pas. A une condition : parler couramment allemand ! Je n'avais jamais été aussi content d'avoir choisi cette LV2 au collège. J'ai enchaîné les entretiens en Allemagne et en Suisse et ai même eu ce luxe de pouvoir choisir entre un poste à Francfort (que j'ai choisi) et un autre à  Berlin.

Marché de Noël à Francfort

Pourquoi s'expatrier en Allemagne, en Autriche ou en Suisse ?

J'avais déjà réalisé un stage à Vienne, en Autriche, quelques années plus tôt et cette nouvelle position en Allemagne allait me le confirmer : les conditions de travail y sont excellentes ! Les Français s'imaginent que les Allemands sont des bêtes de travail - Arbeit, Arbeit, Arbeit! C'est faux. Il n'y a pas cette culture du présentéisme si ancrée en France (rester au bureau jusque 18-19h, quelque soit l'heure à laquelle on arrive et la charge de travail que l'on a). Je peux quitter le bureau dès 16h du lundi au jeudi et dès 14h30 le vendredi. Sans avoir à me justifier ni recevoir de regard en coin ou de remarque sarcastique de la part de mes collègues dans l'open space - "T'as pris ton après-midi ?" Après ça, se rapatrier à Paris est impensable.

Chaque année, Mercer publie un classement de villes sur la qualité de vie. 450 villes dans le monde sont ainsi comparées selon les critères suivants :
  • Environnement sociopolitique (stabilité politique, criminalité, respect de la loi, etc.).
  • Environnement économique (contrôle des changes, services bancaires).
  • Environnement socioculturel (accessibilité et censure des médias, restrictions aux libertés individuelles).
  • Situation médicale et sanitaire (fournitures et services médicaux, maladies infectieuses, gestion des déchets et des eaux usées, pollution atmosphérique, etc.).
  • Établissements d'enseignement et éducation (niveaux et disponibilité d'établissements internationaux).
  • Services publics et transports (électricité, eau, transports en commun, engorgement du trafic, etc.).
  • Divertissements (restaurants, théâtres, cinémas, sports et loisirs, etc.).
  • Biens de consommation (disponibilité des aliments, articles de consommation quotidienne, automobiles, etc.).
  • Logement (locations, appareils ménagers, mobilier, services d'entretien).
  • Environnement naturel (climat, historique des catastrophes naturelles).

Il s'agit de l'étude la mieux réputée et la plus complète sur ce sujet et les résultats risquent de vous surprendre. Les résultats pour 2017 justement, les voici :

1. Vienne, Autriche
2. Zurich, Suisse
3. Auckland, Nouvelle-Zélande
4. Munich, Allemagne
5. Vancouver, Canada
6. Düsseldorf, Allemagne
7. Francfort, Allemagne
8. Genève, Suisse
9.  Copenhague, Danemark
10. ex æquo Bâle, Suisse et Sydney, Australie

Dans le top 10, on retrouve 6 villes germanophones ! Vienne et Francfort font d'ailleurs partie du haut de la liste. La capitale autrichienne est première depuis 8 ans maintenant alors que Bruxelles est 27ème, Paris est 38ème, Londres est 40ème, New York est 44ème, Tokyo est 47ème, Rome est 57ème et Dubaï, 74ème...

Francfort (7ème), ville moderne

Mercer a également élaboré un second classement selon la qualité des infrastructures urbaines :

1. Singapour
2.  ex æquo Francfort et Munich, Allemagne
4. Copenhague, Danemark
5. Düsseldorf, Allemagne
6. Hong Kong et Londres, Royaume-Uni
8. Sydney, Australie
9. ex æquo Hambourg, Allemagne, Vancouver, Canada et Zurich, Suisse

Francfort (2ème), ville traditionnelle

Sont pris en compte cette fois "l'approvisionnement en électricité et en eau potable, les services de téléphonie et Internet, les transports en commun, la fluidité du trafic et l'offre de vols internationaux des aéroports locaux."

Source : https://www.mercer.fr/newsroom/enquete-qualite-vie-mercer-2017.html

vendredi 14 juillet 2017

Pourquoi apprendre l'allemand ?

Il y a quelques jours, je suis tombé sur cet article de The Guardian : Why we should learn German. Le parti pris est admirable mais risqué. L'allemand ? Sérieusement ?  

Apprendre cette langue sert vraiment (encore) à quelque chose ? 

C'est triste mais pourtant vrai. En France, on peut déjà s'estimer heureux si les gens s'intéressent à l'anglais, certains fous peuvent pousser le vice jusqu'à la maîtrise de l'espagnol mais quand il s'agit de l'allemand, il n'y a plus personne... et le problème est justement là. Après avoir lu cet article, je me suis posé deux questions : pourquoi l'allemand est-il si peu populaire et pourquoi cette langue mérite-t-elle plus d'attention ?


Pourquoi les Français ne s'intéressent-ils pas à l'allemand ?

Le principal ennemi de l'allemand, ce n'est pas tant le français mais l'espagnol, sa principale langue rivale à partir du collège. Selon moi, l'allemand subit une concurrence déloyale pour 3 raisons :

1. "L'allemand, c'est inutile"
S'il vous plaît, notez bien les guillemets ! Ce n'est pas moi qui le dis. D'ailleurs, je suis un germanophone et germanophile convaincu (non, je ne me soigne pas) et je vis à Francfort, donc une pensée de ce genre ne risque certainement pas de m'effleurer l'esprit de si tôt. Non, je cite plutôt ceux qui tournent le dos à l'allemand pour mieux se consacrer à l'espagnol, langue officielle de 21 pays (Espagne, Mexique, Chili, Colombie, Pérou, Cuba, Argentine, etc) alors que l'allemand est parlé de manière quasi-exclusive en Allemagne, en Autriche et en Suisse (ajoutons le Liechtenstein, le Luxembourg et trois villages belges pour gagner quelques milliers de locuteurs natifs supplémentaires). La bataille semble donc plutôt inégale. En plus de cela, une croisière dans les Caraïbes fait certainement plus rêver qu'une croisière sur le Rhin, non ?

Espagnol 1 - Allemand 0

2. "L'allemand, c'est dur"
Je ne vais pas vous mentir en vous disant que l'allemand est facile à apprendre pour un Français. Encore une fois, en face de cette langue cauchemardesque se trouve une langue romane, étroitement apparentée au français : l'espagnol. Le choix est vite fait : ce sera l'espagnol, car "c'est facile".

Espagnol 2 - Allemand 0

3. "L'allemand, c'est moche"
Et qui voudrait apprendre une langue moche ? Dans l'esprit de la plupart des gens (sains, j'entends), l'espagnol, "c'est vraiment plus joli".

Espagnol 3 - Allemand 0

Le match est fini ? On va laisser les Espagnols s'en tirer si facilement ? Non.

Il est grand temps de se mettre à l'allemand

Et pour vous le prouver, je vais reprendre les 3 raisons de l'impopularité de l'allemand :

1. L'allemand c'est utile
Ceux qui apprennent l'espagnol pour "son utilité" peuvent avoir plusieurs leitmotivs (désolé pour l'allemand mais je n'ai pas trouvé d'équivalent en espagnol). Si c'est vraiment le nombre de pays qui prévaut, une question subsiste: combien d'hispanisants iront réellement en Amérique latine au cours de leur vie ? A l'inverse, combien de ces hispanisants seront amenés à se rendre en Allemagne ? Soyons réalistes, apprendre l'espagnol pour l'Argentine, c'est un peu comme apprendre l'anglais pour la Nouvelle-Zélande. Le vrai quotidien d'un Français, c'est l'Europe et sur ce continent il y a 100 millions de germanophones contre 45 millions d'Espagnols ! L'allemand est d'ailleurs la première langue de l'Union Européenne en termes de nombre de locuteurs.

Mais peut-être que ma vision est trop peu ambitieuse. "L'espagnol, c'est une langue d'avenir !" pourriez-vous me répondre, convaincus de la capacité de l'Argentine, du Mexique et de Cuba de relever les nombreux défis économiques et sociaux qui sont les leurs. Oui, peut-être. Sûrement même. Dans combien de temps ? Encore une fois, restons en Europe et ce que je peux vous dire, c'est qu'à défaut d'être une langue d'avenir, l'allemand est résolument la langue du présent. Alors que Londres pleure le Brexit, Francfort se rêve déjà en nouvelle capitale européenne de la finance. Et le rêve est à deux doigts de se réaliser (source : "Paris et Francfort se disputent les restes de la City", Le Temps). Pendant ce temps-là, à Madrid, on ne sait plus quoi faire pour endiguer le chômage : 17,7% en mai 2017 contre... 3,9 % en Allemagne (et environ 10% en France) ! (source : Eurostat)

Francfort, ville de l'euro fort !

Il reste peut-être un argument : les vacances ! Partir en road trip en Andalousie, en city trip à Barcelone ou en bad trip à Ibiza, ça vaut toujours mieux que visiter le port de Hambourg ou les débris du mur de Berlin, non ? Oui, je sais ça fait beaucoup de trips pour ceux qui n'ont pas les tripes de se mettre à l'allemand mais a-t-on vraiment besoin d'apprendre l'espagnol pendant plusieurs années pour dire "una cerveza con patatas bravas, por favor" ?

Du coup, vous ne m'en voudrez pas mais je retire 1 point à Gryffondor pour l'attribuer à Serpentard.

Espagnol 2 - Allemand 1

2. L'allemand, c'est dur
Oui, l'allemand demande plus d'efforts que l'espagnol pour un Français. C'est justement pour cette raison que l'apprendre à l'école constitue une bonne stratégie. Avec un peu de sérieux et de persévérance, vous aurez les moyens de parvenir à le parler convenablement et pourrez toujours apprendre l'espagnol par vous-même plus tard. C'est précisément le choix que j'ai fait.

Espagnol 1 - Allemand 2

3. L'allemand n'est peut-être pas si moche
La question est limite philosophique : qu'est-ce que la laideur ? La réponse ne saurait tenir en quelques lignes et je ne prévois pas d'y accorder plus d'espace mais je pense que le concept de la laideur est au moins partiellement lié à celui de l'étrangeté et de la rareté. Ce qui est laid ne pourrait être commun et fréquent au risque de devenir banal. Si l'allemand semble donc si moche à l'oreille de nombreux Français, c'est notamment parce que notre fine oreille latine n'est pas habituée à ces sons "barbares" - étymologiquement, "étrangers par rapport aux Romains" et l'allemand est effectivement étranger au latin. La laideur ne peut se percevoir que dans un contexte particulier : ainsi, un Néerlandais appréhende sûrement les sonorités allemandes de façon plus positive. Je ne retirerai pas le dernier point de l'espagnol pour autant, et donc :

Espagnol 1 - Allemand 3

Kommt noch was dazu?

Les préjugés ont la vie dure. Malheureusement, ceux sur l'allemand ne représentent que la partie émergée de l'iceberg. Derrière la langue, il y a le pays. Je ne sais pas pourquoi les Français s'imaginent les Allemands comme un peuple froid, sans cœur, hostile, naturellement méchant et diabolique. Bon d'accord, il y a peut-être eu quelques épisodes historiques regrettables... Mais l'Histoire est ce qu'elle est, et nous, irréprochables Français au passé exemplaire, avons un devoir envers l'Allemagne : honorer l'amitié franco-allemande. J'aime la langue allemande mais par dessus-tout j'aime profondément l'Allemagne et suis particulièrement attaché au maintien des relations privilégiées qui l'unissent à la France. En plus de cela, l'Allemagne est un magnifique pays !

Alors, convaincu ? 


Le château de Neuschwanstein en Bavière a inspiré un certain W. Disney

jeudi 13 juillet 2017

Cinéma allemand (2/2)

Les films historiques allemands sont certes très bons mais le cinéma outre-Rhin ne se limite pas qu'à ça !

5. Schlussmacher


Les Allemands savent aussi faire des comédies ! Celle-ci en particulier est plutôt réussie : l'histoire d'un briseur de couples professionnel, qui a aussi connu un succès en France sous le nom de L'Arnacoeur avec Romain Duris.

6. Hin und Weg


Tous les étés, un groupe d'amis se retrouve pour un voyage à vélo. Cette année, les retrouvailles seront un peu particulières car l'un d'entre eux doit annoncer qu'il est atteint d'une maladie incurable et qu'il a décidé de se faire euthanasier.

7. Kokowääh



Un homme va devoir changer son quotidien et ses habitudes quand débarque sans prévenir une fille de huit ans dans sa vie : sa fille, dont il ignorait l'existence. Ce film a eu tellement de succès en Allemagne qu'ils en ont fait une suite (que je n'ai pas vue).

8. Honig im Kopf



Un film émouvant sur la maladie d'Alzheimer et ses répercussions sur l'entourage. Le titre très poétique est un bel exemple de la beauté de la langue allemande puisqu'il signifie du miel dans la tête. Une image qui se passe d'explications.

lundi 10 juillet 2017

Cinéma allemand (1/2)

Pour apprendre l'allemand, certes la musique joue un grand rôle, mais le cinéma peut lui aussi être d'une grande aide. Voici donc ma liste de films allemands à voir... sous aucun prétexte en français !

- Soit en allemand avec sous-titres en français, si vous ne parlez pas allemand et qu'apprendre cette langue ne vous intéresse pas ;

- Soit en allemand avec sous-titres en allemand, si vous êtes en cours d'apprentissage de la langue ;

- Soit en allemand avec sous-titres dans une autre langue que l'allemand et le français, si vous n'apprenez pas l'allemand mais que vous vous intéressez au moins à une langue étrangère (ouf !) ;

- Soit en allemand sans sous-titres et là Hut ab! :)

Dans tous les cas, à voir absolument en allemand !

1. Good Bye, Lenin!
Berlin-Est, 1989. Une femme profondément communiste tombe dans le coma juste avant la chute du mur de Berlin et l'arrivée du capitalisme dans sa petite république socialiste. A son réveil, ses enfants vont essayer de tout faire pour lui cacher la vérité. Je ne compte plus le nombre de fois que j'ai vu ce film. Une histoire vraiment touchante !



2. Das Leben der Anderen
En français, La Vie des autres. Si vous avez étudié l'allemand à l'école dans les années 2000, votre professeur vous a sûrement montré ce film. Tout aussi intéressant que Good Bye, Lenin ! pour l'Histoire qu'il met en avant, il s'agit cette fois d'un agent de la Stasi, service d'espionnage de la RDA, qui est chargé d'enquêter sur un couple d'artistes. Il va cependant commencer à avoir des scrupules par rapport à son métier...



3. Die Welle
Encore un film qui expose l'Histoire de l'Allemagne de façon originale : si vous croyez qu'une dictature n'est plus possible dans un pays comme le nôtre de nos jours, je vous conseille vraiment de regarder Die Welle, en français La Vague.


4. Der Untergang
En français, La Chute. Film qui a marqué l'Allemagne en racontant les derniers jours de la vie d'Hitler.



samedi 8 juillet 2017

Musique russe (2/2)

La liste n'est pas finie !
Voici quelques autres artistes que j'ai découverts au Kazakhstan.

Земфира


Димаш Құдайберген
C'est la star kazakh du moment ! Rendu célèbre par une émission chinoise, il est suffisamment beau, jeune et talentueux pour rendre le Kazakhstan et ses pays voisins complétement fous de lui.


Il y a quelques semaines, il a même fait un passage remarqué à la télévision française. La puissance de sa voix est tout simplement bluffante ! Inhumaine peut-être.


Alekseev
Le style de ce jeune Ukrainien n'est pas sans me rappeler certains groupes britanniques que j'avais l'habitude d'écouter il y a une dizaine d'années, comme Muse, et qui m'ont fidèlement accompagné dans le perfectionnement de mon anglais.


Et pour finir, une artiste que j'ai découvert seul cette fois, comme Егор Крид : Мария Чайковская. Plutôt relaxant et léger !


jeudi 6 juillet 2017

Musique russe (1/2)

La facilité d'une langue se mesure aussi à l'accessibilité et la disponibilité des ressources pour l'apprendre. Et s'il y a une ressource qui prime, c'est bien la musique ! Ainsi, je considère que l'anglais et l'espagnol sont certainement deux des langues les plus faciles à apprendre pour un Français, étant donné la multitude de chansons que l'on connaît dans ces langues. Parfois, cela peut être un peu plus compliqué. Par exemple, le russe. A l'image du nuage de Tchernobyl, les frontières françaises semblent résolument hermétiques à l'invasion des "pop-tsars". Pourtant, comme Claude Hagège ("mon amour des langues a quand même quelques choix, je trouve que le russe est une des plus belles langues du monde") et Jacques Chirac ("la langue russe est une langue mais c'est aussi une musique qui peut exprimer toutes les tonalités et c'est ce en quoi elle a quelque chose d'exceptionnel dans les moyens universels d'expression."), je ne connais pas de langue plus musicale que le russe. J'avais déjà mentionné Егор Крид et aujourd'hui je vais aborder d'autres groupes russophones :

Leningrad
si vous aimez Madness ou Marcel et son Orchestre


Loboda
Chanteuse ukrainienne orientée plutôt pop


Гражданин Топинамбур 
Nous sommes toujours en Ukraine. Un peu plus folklorique, pas vraiment ma tasse de thé, mais tous les goûts sont dans la nature, donc je partage !


Би-2
Après l'Ukraine, un groupe biélorusse !


Mакс Kорж
Une voix assez singulière, qui nous vient également de Biélorussie. Si vous vous demandez à quoi peut bien ressembler le rap à l'autre bout de l'Europe, vous trouverez la réponse en cliquant sur le lien ci-dessous. "Pourquoi ça fait si mal ?" demande le chanteur - la question que je me pose, c'est plutôt : "pourquoi la langue russe est-elle si magnifique ?"


Почему так больно сильно?

Pianoбой
последнее, но немаловажное :)

dimanche 2 juillet 2017

Histoire de famille

Comme les hommes, les langues appartiennent à des familles. Une famille de langues : qu’est-ce que cela représente exactement ? L’allégorie qui suit permet de le comprendre. 

C’est l’histoire de Madame LATIN, mère de deux jumeaux : ITALIEN et FRANÇAIS.


Deux bébés inséparables qui sont devenus deux enfants complices, deux adolescents soudés… puis deux jeunes adultes. ITALIEN s’est marié et a eu des jumelles : ESPAGNOLE et PORTUGAISE. FRANÇAIS, marié lui aussi, a eu un fils : ROUMAIN


La complicité des jumeaux n’avait pas souffert de leur mariage : ils partageaient toujours autant de choses ensemble. Trop de choses peut-être. Les belles-sœurs ne supportaient pas cette situation et un jour, une stupide dispute a éclaté. FRANÇAIS a quitté la région et est parti à des centaines de kilomètres avec sa famille. Mais FRANÇAIS n’était pas plus heureux : loin de son frère ITALIEN, il ressentait un manque que rien ne pouvait combler. Il se sépara de sa femme, RUSSE, qu’il tenait pour responsable de cette situation. Elle déménagea avec ROUMAIN à l’autre bout du continent


Quelques années plus tard, FRANÇAIS reçut un appel de son frère, ITALIEN, qui lui annonça la mort de leur vieille mère, Madame LATIN. C’est donc dans ces circonstances singulières qu’eurent lieu les retrouvailles tant attendues de FRANÇAIS et ITALIEN - divorcé lui aussi. La communication entre les deux frères était devenue difficile : ils voulaient se parler mais ne trouvaient pas les mots justes pour le faire. Après toutes ces années de séparation, FRANÇAIS n’avait  d’ailleurs même pas reconnu ses nièces ESPAGNOLE et PORTUGAISE. Elles avaient tellement changé ! A la surprise générale, RUSSE, qui avait été également prévenue par ITALIEN, fit le déplacement avec son fils ROUMAIN pour l’enterrement. FRANÇAIS n’avait pas vu son fils ROUMAIN depuis si longtemps ! Il avait changé lui aussi. Malheureusement, le père et le fils ne se comprenaient plus : ils n’avaient plus grand chose à partager, plus grand chose en commun. Impossible de nouer le contact. Ils étaient tout simplement devenus deux étrangers. Après les obsèques de Madame LATIN, tous les membres de la famille rejoignirent leur pays respectif sans avoir réussi à se dire ce qu’ils auraient aimé se dire. Cet événement attrista profondément ITALIEN, qui tomba malade et mourut peu de temps après. Il ignorait que son décès ferait naître une nouvelle catastrophe familiale : la guerre entre ESPAGNOLE et PORTUGAISE pour l’héritage paternel…

Dans cette histoire, j’ai pris l’exemple de la famille des langues romanes : le français, l’italien, l’espagnol, le portugais et le roumain. Si la communication entre locuteurs de ces langues est aujourd’hui difficile, ils sont pourtant à l’origine tous pratiquants d’une même langue mère : le latin. Ce cas montre aussi que les familles de langues peuvent s’influencer entre elles à travers l’exemple du roumain, îlot latin en Europe de l’est, battue par les flots des langues slaves (en particulier le russe, mais aussi le bulgare) qui, en s’écrasant sur son rivage, ont contribué à façonner son apparence actuelle.