jeudi 20 juillet 2017

Prendre du recul pour mieux apprendre

Apprendre une langue étrangère, c'est aussi apprendre sa propre langue. C'est en apprenant le mot allemand "verantwortlich" qui contient le mot "Antwort" réponse que j'ai compris comment était construit l'équivalent français "responsable" - être responsable, c'est pouvoir répondre de ses actes.

Mais prendre du recul sur sa propre langue, c'est aussi prendre du recul sur des constructions inconscientes qu'on utilise tous les jours. Il ne suffit pas de traduire mot à mot une phrase pour en traduire le sens. Dites "he makes cold" ou "er macht kalt" à un Anglais ou un Allemand, il ne comprendra pas que vous voulez dire il fait froid, car eux, ils disent c'est froid, ce qui est d'ailleurs bien plus logique. Les Français, comme les Italiens (fa freddo) préfèrent apparemment continuer à croire qu'il y a quelqu'un derrière tout ça. Que quelqu'un fait le froid, le chaud. Qui est ce "il" responsable des fluctuations climatiques ? Dieu, sûrement.

Les idiomes peuvent donc en dire long sur un peuple. En français, par exemple, on aime être négatif : "on ne t'a jamais dit que... ?" pour demander "on t'a déjà dit que... ?", "tu ne veux pas venir avec moi ?" pour "tu veux venir avec moi ?", "t'as pas deux euros ?" pour "t'as deux euros ?", "t'as pas cinq minutes ?" pour "t'as cinq minutes ?", etc. A l'inverse, d'autres langues préfèrent les formulations positives : en anglais, on dira plus facilement souviens-toi (remember) que n'oublie pas (don't forget).

N'oublie pas qui tu es !

Les Français seraient-ils pessimistes ? Peut-être. En tout cas, pas suffisamment optimistes pour reconnaître le positif où il est : "c'est pas mal !" pour "c'est plutôt bien !" (voire carrément "c'est très bien !"), "j'ai pas mal voyagé" (pour "j'ai beaucoup voyagé"), "c'est pas bête !" (pour "c'est intelligent, malin !"), etc. Parfois, c'est comme si on aimait se torturer en mentionnant explicitement l'absence du positif : "c'est pas terrible","c'est sans plus", "j'y suis arrivé non sans difficulté / non sans problème"... En fait, ce qu'on aime par-dessus tout, c'est peut-être les constructions lourdes. "Ça, c'est toi qui le dis !" : un Allemand s'exprimera beaucoup plus légèrement (Das sagst du, littéralement "ça dis toi") et bizarrement dans ce cas précis, les Italiens adoptent exactement la même façon de parler que les Allemands (lo dici tu).

C'est sûrement ce besoin de longueur qui pousse les Français à doubler les sujets à l'oral. Une pratique très répandue que je n'ai jamais comprise et que je n'ai retrouvée dans aucune autre langue ! Personne ne dit "mon frère habite à Paris", "ton père m'a dit que...", "Louis est déjà arrivé ?". On dira plutôt : "mon frère, il habite à Paris", "il habite à Paris, mon frère", "ton père, il m'a dit que...", "il m'a dit que..., ton père", "Il est déjà arrivé, Louis ?"... "On" justement. Deux lettres qui forment un pronom indéfini mais aussi un substitut populaire au "nous". Pour se déculpabiliser peut-être, "nous", c'est "moi +..." alors que "on", c'est... on ne sait pas, justement. Nous n'avons pas perdu, on a perdu, on s'est trompé... Nous, les Français, on est comme ça. C'est pas moi qui le dis !

Si le sujet vous intéresse :
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