mercredi 6 septembre 2017

Couchsurfing et langues

Une des clés pour maîtriser une langue, c'est de la parler et si possible avec des locuteurs natifs. Il existe plusieurs façons de le faire et l'une d'entre elles, c'est Couchsurfing. C'est de l'intégration de ce site dans ma pratique des langues que je vais parler aujourd'hui.


Bon, d'abord : Couchsurfing, c'est quoi ? C'est un site qui permet aux voyageurs de trouver un hôte local pour un hébergement, boire un verre ou tout simplement rencontrer des gens. Je l'ai utilisé à plusieurs reprises et n'ai que des avis positifs à donner à ce sujet. Je l'ai d'abord utilisé en Turquie, où j'ai été hébergé pendant 3 jours chez des Turcs puis au Kazakhstan - également pour 3 jours à Almaty.

Mais c'est particulièrement de ma dernière expérience que je voudrais parler. J'ai un historique relativement long avec la langue russe. C'est une langue qui m'a toujours attiré : j'ai pris mes premiers cours pendant mes études en 2011-2012, puis quasiment plus touché à la langue pendant 4 ans, je m'y suis remis quelques semaines en 2016, puis plus ou moins régulièrement et intensément depuis mars 2017. Je l'ai pratiquée à deux reprises (avec plus ou moins de succès) lors d'un voyage à Kiev en mai 2016 et mon voyage au Kazakhstan en juin cette année. Mais mes capacités de compréhension et d'expression étaient très limitées : le sens de beaucoup de phrases m'échappaient et je n'arrivais pas à aligner plus de 3 mots en général, malgré une bonne connaissance théorique de la langue. Tout simplement parce que la pratique m'a toujours fait défaut. Depuis mon retour du Kazakhstan il y a deux mois, j'ai privilégié l'exposition à la langue plutôt que l'apprentissage à proprement parler, essentiellement grâce à la musique et aux séries. Cela m'a permis d'affiner ma compréhension. Il s'agit maintenant de passer à la pratique.

Le chanteur Макс Барских

Justement, j'ai récemment pu passer cette étape grâce à Couchsurfing. J'ai rencontré à deux reprises un jeune Moscovite de passage à Francfort avec la ferme intention de me cantonner à la langue de Pouchkine malgré la possibilité de se réfugier dans l'anglais. Après plusieurs heures à discuter de sujets aussi variés que la vie à Moscou et en Russie de manière plus générale, les voyages, la politique, l'art, l'histoire, les langues... Je me suis senti à la fois heureux d'avoir fait la connaissance de mon premier Russe ! (je n'avais jusque là parlé qu'avec des Ukrainiens et des Kazakhs), mais aussi rassuré d'enfin voir les résultats de mon investissement dans cette langue.

A ce stade, je me dois de faire un point. Quand on apprend une langue et qu'on échoue à la parler, on se sent souvent nul. C'est tout à fait normal. J'ai connu cette situation de nombreuses fois en allemand, en italien, en russe... L'essentiel, c'est de ne pas se laisser abattre par cette expérience négative, qui au final ne l'est pas tant que ça : elle donne l'occasion de rebondir pour vraiment atteindre notre objectif. Mon arrivée à Vienne il y a 4 ans (seul, pour un stage de 6 mois, les problèmes ont commencé lorsqu'il a fallu chercher un appartement en allemand...) ou encore mon voyage à Florence l'année dernière, où je parvenais à peine à comprendre les Italiens et à communiquer avec eux, m'ont largement servi pour me perfectionner respectivement en allemand et en italien. Avec le russe, il s'est passé exactement la même chose. Alors, quand vient le jour où on comprend la majorité de ce que dit notre interlocuteur et qu'on arrive soi-même à s'exprimer, il peut se passer deux choses :

1. On est trop modeste.
- "Ouais mais lui il parlait bien, il articulait bien" parce qu'il est Romain et s'exprime dans un italien coupé de toute influence dialectale, parce qu'il est Moscovite et qu'il parle un "russe standard", celui de la capitale. Certes, l'histoire d'accent ou de dialectes peut en effet jouer un rôle pour des langues comme l'italien, l'anglais, l'espagnol, l'allemand (et même le français !), mais beaucoup moins pour des langues unifiées qui varient peu selon les régions (typiquement, le russe ou le roumain). Après les échecs, il est normal d'essayer de relativiser cette réussite particulière mais ces justifications sont à mon sens inutiles.
- "Oui, mais il sait que je ne parle pas encore très bien, donc il parle lentement ou choisit minutieusement ses mots pour que je comprenne". En revanche, cet argument n'est pas soutenable et pour deux raisons. Premièrement, ce n'est généralement pas vrai que l'interlocuteur va faire l'effort d'articuler avec exagération ou de parler lentement. Peut-être pendant quelques minutes si vous le demandez mais "chassez le naturel, il revient au galop", comme on dit. Deuxièmement, si votre interlocuteur ne parle pas français, il lui est impossible de savoir quels mots vous pouvez mieux comprendre que d'autres. Par exemple, il a essayé d'expliquer les mots "majorité" et "élections" en russe qu'il venait d'employer, parce qu'ils lui paraissaient compliqués alors que je les avais compris et que plus tard, il a dû me trouver un synonyme du mot familier qu'il a utilisé pour exprimer "super, génial" quand je lui ai dit que je n'avais pas compris.

2. On est trop confiant.
L'autre extrême n'est évidemment pas bon non plus. Trop bien, on comprend, on arrive à dire ce qu'on veut, le message passe, la personne acquiesce en signe de confirmation, c'est génial ! L'interlocuteur se prête au jeu et ne vous parle qu'en russe. Immanquablement, une phrase va faire irruption "tu parles très bien russe" et bam, on frôle l'excès de confiance. Il ne faut pas y succomber pour autant : certes, on a déverrouillé un nouveau stade dans notre maîtrise de la langue, c'est un bon début mais le chemin n'est pas encore fini.


Évidemment, si vous apprenez une langue, j'imagine aussi que la culture du pays concerné vous intéresse un minimum voire vous fascine complètement. La culture russe, l'Histoire du pays (de la Russie Impériale et ses tsars au siècle soviétique et la Guerre Froide), l'immensité du territoire, la beauté de ses villes et de sa nature sont loin de me rendre indifférent. Je rêve aussi de me rendre à Saint-Pétersbourg et d'emprunter le Transsibérien sur les 9.000 km de voies ferrées qui séparent Moscou de Vladivostok - sujets que je n'ai donc pas pu m'empêcher d'évoquer. Ce type d'expérience est toujours très enrichissant culturellement et humainement : "Saint-Pétersbourg a l'air d'être une ville magnifique... - Ah, j'y suis jamais allé, l'Europe m'attire plus que mon propre pays. J'adore Paris - J'aime pas vraiment Paris - QUOI ?? T'es bizarre..." / ou encore "le russe est la plus belle langue du monde pour moi..." "-moi j'aime beaucoup le français" et l'occasion de réviser ses clichés : les Russes sont tous des brutes froides, taciturnes, incapables de sourire, n'est-ce pas ?  Et pourtant, en face de vous, un Russe vous sourit alors qu'il vous raconte avec passion ses voyages en Europe sans oublier le moindre détail / Moscou est une des villes les plus chères du monde, non ? Et pourtant, on vous explique comment y vivre avec 400€ par mois / La Russie : un pays dangereux ? Peut-être bien que non...

Mettre KO le OK

Ce genre de situation permet également de mettre KO le OK. Là, encore, il s'agit d'un point crucial. Imaginez-vous parler français à un étranger. Vous lui proposez une heure et un lieu de rendez-vous : premier cas, celui-ci vous répond "ok" ; deuxième cas, il vous répond "ça marche, on peut faire ça", ou "parfait, ça me dit bien, à tout à l'heure". Dans lequel des deux cas, auriez-vous l'impression, même inconsciemment, que votre interlocuteur maîtrise mieux le français ? Oui, le deuxième cas, cela semble évident et c'est en parlant avec des locuteurs natifs qu'on arrive justement à mobiliser spontanément ce genre de phrases. OK est devenu une sorte de mot passe-partout, insipide et universellement admis et plus vous l'évitez, plus vous apparaissez crédible.

Couchsurfing est donc un bon entremetteur linguistique. En tant que Français, il est possible de l'utiliser pour :
1. Pratiquer la langue maternelle de votre interlocuteur (le cas que j'ai exposé).
2. Pratiquer l'anglais avec une personne dont ce n'est pas la langue maternelle (seule situation qui profite aux deux personnes).
3. Faire pratiquer le français à votre interlocuteur étranger.
J'ai testé les trois expériences et je vois même une quatrième possibilité, beaucoup moins plausible et à laquelle je n'ai encore jamais été confronté et qui serait "pratiquer une langue étrangère autre que l'anglais qui n'est la langue maternelle d'aucune des deux personnes" (par exemple : un Français et un Russe parlent italien ensemble). Quoi qu'il en soit, il est toujours mieux de pratiquer une langue avec un locuteur natif de cette langue, qui la parle donc spontanément et librement, exception faite de l'anglais car cette langue est sans surprise aujourd'hui celle de la communication internationale par excellence et on est quoi qu'il en soit souvent amené par confort ou par défaut à la pratiquer avec des personnes de nationalités diverses.

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