vendredi 8 septembre 2017

Doit-on corriger les erreurs de langue des autres et se faire corriger ?

On connaît tous une personne qui ne peut pas s'empêcher de corriger votre moindre erreur de langue : "l'anniversaire DE mon frère, pas l'anniversaire A mon frère !", "ma mère ET MOI, pas moi ET MA MÈRE !", "Je vais CHEZ le coiffeur, pas je vais AU coiffeur !"... C'est ce sujet que je souhaite aborder aujourd'hui dans le cadre spécifique de la pratique d'une langue étrangère : doit-on déclarer la guerre aux grammar nazis ou se laisser conquérir par leur armée ? Autrement dit, doit-on corriger les erreurs de langue des autres et se faire corriger ?

Please, don't let me make the same mistake again...

Pour faire simple, il y aurait deux écoles. D'un côté, ceux qui pensent que oui, il ne faut laisser passer aucune faute ; de l'autre, ceux qui sont plutôt contre la correction excessive. C'est ce rang que j'ai tendance à rejoindre. J'ai toujours vu la rectification linguistique d'autrui comme une forme de pédanterie. Je fais référence aux exemples que j'ai cités en début d'article, quand un "à" est pris pour un "de", un "au" pour un "chez" ou que l'ordre des mots employés témoigne d'un égoïsme que seul celui du correcteur surpasse. Je dis "j'ai tendance" car certaines corrections sont parfois justifiées et même souhaitables. Ainsi, si vous voulez exprimer votre gêne à un Espagnol en disant "estoy embarazada", j'espère que celui-ci vous dira qu'être embarrassée et être enceinte, ce n'est (généralement) pas exactement la même chose. Ou encore, il serait bon qu'un Russe prenne le temps de vous dire que vous ne devez pas prononcer дорого ("cher") comme дорога ("route), même si la nuance est difficile à percevoir. Il s'agit alors simplement d'éviter des contresens et non pas de s'abandonner à un complexe de supériorité linguistique.

Voici, en 5 raisons, pourquoi je pense que dans la majorité des cas, on NE DOIT PAS corriger les erreurs de langue des autres :

1. C'est à la fois arrogant, humiliant et quelque peu sadique. Or, si j'ai retenu quelque chose de Christian Grey, c'est que le sado-masochisme requiert un consentement préalable.

Prière de ne pas fouetter sans autorisation

2. Cela recentre l’intention ailleurs en faisant primer la forme sur le fond. Or, dans le fond, c'est bien lui qui compte, le fond.

3. Cela coupe la fluidité du discours, ce qui peut-être démotivant pour la personne qui s'exprime, d'autant plus si ce n'est pas dans sa langue maternelle.

4. Les correcteurs intempestifs justifient parfois leurs actes en disant "mais si je ne te corrige pas, tu n’apprendras jamais et tu feras toujours les mêmes erreurs", ce qui, en plus d'être faux, est infantilisant. Je fais généralement confiance aux gens pour tirer les leçons de leurs propres expériences et mettre à profit leur sens de l'observation. Avec la pratique et l'écoute, on finit par se rendre compte de ses erreurs et pouvoir se corriger. Soi-même.

5. Enfin, corriger une erreur de quelqu'un d'autre a quelque chose de ridiculement conservateur. Car les langues, celles qui ont encore la chance d'être vivantes en tout cas, ne sont jamais figées. Elles évoluent dans l'espace (on peut vous corriger une faute de français en France qui n'en est pas une au Québec, ou une faute d'espagnol en Espagne qui n'en est pas une en Amérique du Sud, par exemple) et dans le temps - il était répandu de dire distinctement "je ne sais pas" avant que "je sais pas" se popularise et dans un futur pas si lointain, le "chépa" pourrait devenir la nouvelle règle. Quand la majorité des Français s'obstinent à dire "après qu'il soit parti" au lieu de "après qu'il est parti" (qui "devrait être" la version correcte), il faut se rendre à l'évidence : "après que + subjonctif" risque de l'emporter, c'est comme ça. Ironie du sort, peut-être à cause de grammar nazis illégitimes, pris à leur propre piège : "après qu'il SOIT parti, pas après qu'il EST parti"...

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