mardi 10 octobre 2017

Apprendre le catalan va-t-il devenir à la mode ?

Quand on parle de langues romanes (appelées aussi vulgairement "langues latines"), on pense immédiatement au français, à l'espagnol, à l'italien et au portugais, qui avec plus d'un milliard de locuteurs dans le monde à elles quatre constituent le cœur de cette famille. Plus rarement, on pense au roumain qui mérite pourtant plus de publicité : ses sonorités sont magnifiques, ses constructions plutôt originales, les Roumains sont un peuple chaleureux et le pays lui-même est fabuleux (je ne suis pas tombé sous le charme de Bucarest mais la Transylvanie, notamment Brașov que je recommande fortement, regorge de trésors). Et basta.

Des langues romanes, il y en a pourtant d'autres et une en particulier pourrait se retrouver bientôt sous les feux des projecteurs en devenant langue officielle d'un nouvel État européen : le catalan ! Loin de moi l'idée de mettre le feu aux poudres des canons du roi Felipe VI, mais le contexte actuel en Espagne soulève une question linguistique qui mérite d'être posée : le catalan va-t-il devenir à la mode ?


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Scénario 1 : la Catalogne obtient son indépendance

On observerait alors un bien curieux chassé-croisé sur les bancs de l'Union européenne. Alors que le Royaume-Uni s'apprête à laisser sa place vacante dans une joie en demi-teinte, la Catalogne se fera un plaisir de s'en saisir, maintenant à 28 le nombre d’États membres. Siégeant fièrement aux côtés d'une Espagne amputée, dont les bandages laissent encore apparaître des blessures douloureuses, ce pays tout neuf assumera pleinement sa culture, et en premier lieu sa langue

Il y a fort à parier que l'intérêt pour ce nouvel État-nation ne manquera pas de croître à l'étranger. Sur le vieux continent, initiateur de révolutions à une époque pas si lointaine et qui tente aujourd'hui de résoudre celles qui se trament sur les territoires en-dehors de ses frontières, la Catalogne indépendante fera figure de rebelle moderne, un pays insolent auquel la nouvelle génération pourrait très bien s'identifier. Si le programme Erasmus devenait lui-aussi un pays indépendant, Barcelone serait une capitale très crédible. Il y a 15 ans, Xavier et ses amis symbolisaient déjà l'attrait des étudiants étrangers pour cette ville résolument européenne (et catalane !) dans le film devenu culte L'Auberge espagnole. Une scène en particulier me revient en mémoire :


C'est bien sûr caricatural mais en même temps représentatif d'une partie de la réalité de la région. Imaginez donc le poids que pourrait prendre la langue dans un espace affranchi de l'Espagne. Ajoutez à la foule d'étudiants qui foulent le territoire catalan, celle des touristes qui leur emboîtent massivement le pas et vous comprendrez que oui, le catalan risque de devenir à la mode. D'autant plus que Valence et les Îles Baléares (qui sont loin d'êtres les coins les moins attractifs de l'Espagne) font partie de la sphère catalanophone.

Scénario 2 : la Catalogne n'obtient pas son indépendance

Est-ce à dire que Barcelone continuera à mener sa vie actuelle sans rien revendiquer à Madrid ? Rien n'est moins sûr. Même dans le scénario où la Catalogne fait toujours partie du Royaume d'Espagne, le dialogue qu'elle a ouvert (une nouvelle fois) avec le gouvernement et l'attention internationale qu'elle a attirée sur le pays mèneront sûrement à quelques réformes visant à assouplir l'autorité espagnole dans la région. Vous savez, c'est un peu comme ce père de famille confronté aux hurlements de son enfant dans le rayon confiseries du supermarché. Il l'avait pourtant prévenu dans la voiture sur le parking : "pas de bonbons !" Le garçon avait exprimé son accord mais une fois dans le magasin, la crise éclate devant les regards curieux des autres clients. Vous le savez aussi, le chef de famille privilégie généralement une des deux options suivantes : 1- il corrige physiquement l'enfant (discrètement tout de même, pour ne pas choquer l'assemblée) avant de quitter le rayon sans bonbons ; 2 - il cède en partie en autorisant l'enfant à choisir un seul paquet de bonbons. Le patriarche madrilène pourrait donc ainsi pencher pour la deuxième solution.

Indépendante ou de nouveau réformée, la Catalogne, aura dans un cas comme dans l'autre, obtenu une vitrine sur la scène internationale. Dans une proportion certes plus modeste que le premier scénario, il se pourrait tout de même que le catalan connaisse un certain regain d'intérêt.

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Alors oui : demain peut-être, apprendre le catalan sera à la mode. Ce qui m'amène à deux autres interrogations.

1- L'espagnol peut-il souffrir de la popularité du catalan ?

Clairement, non. Le catalan ne va pas détrôner l'espagnol. L'espagnol, c'est au bas mot environ 400 millions de locuteurs. Le catalan, 10 millions. D'ailleurs, si l'espagnol est si massivement plébiscité par les locuteurs non-natifs aujourd'hui, c'est avant tout pour les opportunités offertes par l'Amérique latine. L'Espagne pourrait donc perdre une communauté importante (et devenir l'égale de la Pologne sur le plan démographique dans l'Union européenne) mais rien de dramatique. La seule nouveauté, c'est qu'on se référera peut-être plus fréquemment au terme "castillan" pour désigner cet idiome, par opposition au catalan affirmé - un abus de langage rectifié, comme on parle de "mandarin" plutôt que de "chinois" ou de "finnois" plutôt que de "finlandais".

2- Le catalan et l'espagnol, c'est presque pareil ?

Oui et non. Oui, car - on l'a vu - espagnol et catalan sont deux langues romanes, donc de la même famille. Non, car à l'intérieur de cette famille de langues, on peut distinguer des "sous-familles". L'espagnol est ainsi une langue ibéro-romane, au même titre que le portugais. Le catalan, lui, est une langue occitano-romane, grosso modo à mi-chemin entre l'espagnol et les langues gallo-romanes qui contiennent par exemple... le français ! Le catalan serait même plus proche du français que de l'espagnol. Une bonne nouvelle pour tous les francophones qui aiment être à la mode, non ?

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